Réduction des émission polluantes : des bénéfices jusqu’à 135 milliards d’euros en Europe

Réduction des émission polluantes : des bénéfices jusqu’à 135 milliards d’euros en Europe

En 2001, l’Union européenne a lancé le programme CAFE, « Clean Air for Europe » (“Air pur pour l’Europe”) qui développe en 2005 une stratégie sur la pollution de l’air décrivant différentes options de réduction d’émission des principaux polluants atmosphériques. Cette étude révèle que si l’on respecte et renforce la législation sur les émissions, les bénéfices sur la santé et l’environnement seront de l’ordre de 42 à 135 milliards d’euros.

Des scenarios pour déterminer les coûts et avantages de réduire les émissions

Le problème de la pollution de l’air, c’est qu’elle entraîne des centaines de milliers de morts prématurées en Europe chaque année, des admissions à l’hôpital qui augmentent, des traitements médicaux supplémentaires, des millions de journées de travail perdues, mais aussi la mise en danger d’écosystèmes, la dégradation de cultures agricoles et des dommages matériels.

L’étude du programme CAFE constitue une analyse assez complète des questions relatives à la pollution de l’air, en prenant en compte :

– Les principaux polluants et leurs interactions : dioxyde de souffre (SO2), oxydes d’azote (NOx), ammoniac (NH3), particules fines (PM2,5), Composés Organiques Volatiles (COV) et ozone (O3)

– Les principales sources d’émission des polluants : l’industrie, les transports (routier et maritime), les ménages, l’agriculture (élevage de bétail, utilisation de fertilisants), les processus de production, la production d’électricité, les déchets, les solvants

– Les effets sur la santé, les cultures, les bâtiments, les écosystèmes et la biodiversité

 

La méthode utilisée pour l’analyse coût-avantages est dans un premier temps d’établir un scénario de base montrant les effets de la pollution de l’air jusqu’en 2020 compte tenu de la législation en vigueur (normes définies par l’OMS) et si aucunes mesures supplémentaires ne sont implémentées. Les prévisions de réduction d’émissions dans l’UE-25, si les normes sont respectées, sont les suivantes : 68% pour le dioxyde de soufre, 49% pour les oxydes d’azote, 45%  pour les VOC, 39% pour les PM10 et 45% pour les PM2,5, et aucune baisse pour les émissions d’ammoniac.

Dans un second temps, le programme définit une situation de réduction maximum des émissions de polluants où toutes les mesures d’abattement possibles seraient déployées. Ensuite, il établit divers scenarios entre ces deux situations, afin d’examiner les bénéfices des différents niveaux d’action.

Des coûts sanitaires toujours exorbitants

Pour la santé humaine, les polluants les plus préoccupants sont l’ozone et les particules fines. Pour les particules fines (PM2,5), les pertes moyennes d’espérance de vie sont estimées autour de 9 mois en 2000. Suivant le scénario de base en 2020, celle-ci passerait à 5,5 mois, soit un gain de 3 mois. De même, on compte en 2000 près de 350 000 décès prématurés (mortalité de long terme adulte et infantile) – correspondant à 4 millions d’années de vies perdues – et plus de 100 000 hospitalisations pour maladies cardiovasculaires et respiratoires, qui pourront tomber respectivement à 270 000 (soit 2,5 milliers d’années de vie perdues) et 68 000 en 2020. Pour l’ozone,  les 21 400 décès anticipés (mortalité de court terme) descendraient à 20 800.

Suivant la méthodologie développée par le projet ExternE de la Commission Européenne, le programme détermine qu’au total, le coût annuel des dommages sanitaires associés à ces deux polluants en 2020 s’élèvera entre 189 et 609 milliards d’euros. Cet écart provient des différentes approches pour évaluer la mortalité et la morbidité en termes monétaires : soit au travers de la valeur de la vie statique (entre 980 000 et 2 millions d’euros), soit de la valeur d’une année de vie perdue (comprise entre 52 000 et 120 000 euros), qui sont deux approches différentes.

Pour la France, les coûts s’élèveront entre 27 et 79 milliards d’euros en 2020.

Des données encore trop faibles pour estimer l’impact sur l’environnement en totalité

On recense trois domaines principaux où la pollution de l’air affecte l’environnement : les cultures, les écosystèmes et les matériaux. L’ozone est reconnu comme étant le problème de pollution de l’air le plus sérieux pour le secteur agricole en Europe, en affectant le rendement des cultures et créant des dommages de cultures.

La salissure des bâtiments (noircissement des surfaces) est due à la déposition de particules (PM10, fumées noires, carbone noir) et les pluies acides, dues aux émissions de dioxyde de soufre, d’oxydes d’azote et d’ammoniac, provoquent l’érosion des bâtiments par la corrosion des matériaux (pierres, métaux, peintures).

Ces derniers polluants contribuent aussi à l’acidification des lacs, rivières et forêts, fragilisant les écosystèmes qui peuvent mettre des décennies à se rétablir. Les sols et les mers sont aussi pollués par des teneurs élevées en azote (NO et NH3), ce qui provoque un phénomène d’eutrophisation, c’est-à-dire l’accumulation de nutriments qui entraîne la prolifération excessive de végétaux aquatiques.

L’application de l’approche développée par le projet ExternE est limitée à la disponibilité des données. Alors que l’on peut quantifier les dommages sanitaires, sur les cultures, et dans une certaine mesure sur les matériaux, les impacts sur les écosystèmes et la biodiversité sont difficiles à estimer.

Les dommages sur les cultures dues à l’ozone, et sur les matériaux dus à l’ozone et le dioxyde de soufre représentent un total de près de 4 milliards d’euros en 2000, et est estimé à 2,2 milliards d’euros en 2020. En dehors de ces chiffres, il faudra attendre les nouvelles méthodes de calcul pour aller plus loin dans la quantification des impacts sur l’ensemble de l’environnement.

Renforcer les mesures de réduction des émissions

Les scénarios A, B, C sont développés sur des niveaux de réduction d’émissions entre la situation de base prévue pour 2020 et la situation optimale. L’étude conclut que tous les scenarios délivrent des bénéfices bien supérieurs aux coûts. Le scénario stratégique définit par le programme CAFE se situe entre les scénarios A et B pour lesquels les niveaux de pollution de l’air délivrés les plus bas se justifient en termes de coûts et bénéfices pour la santé et l’environnement.

Le niveau d’ambition choisi pour la stratégie est ainsi estimé avoir au moins 42 milliards d’euros de bénéfices par an (entre 42 et 135 milliards pour être précis, dont entre 37 et 119 milliards pour la santé). Les améliorations vont requérir d’ici 2020 des réductions d’émissions dans l’UE-25, dont une importance donnée à l’ammoniac, de 82% pour le SO2, 60% pour les NOx, 51% pour les VOC, 27% pour NH3 et 59% pour les PM2,5. L’atteinte de ces objectifs coûterait autour de 7,1 milliards d’euros par an.

Même s’il n’y a pas de consensus sur la monétarisation des bénéfices sur les écosystèmes, les impacts positifs sur l’environnement d’une réduction de la pollution de l’air seront significatifs.

Une dernière remarque

Cette étude montre l’importance de réduire les émissions de polluants dans tous les secteurs et les bénéfices qui pourraient être retirés. Ces bénéfices, nettement supérieurs aux coûts de mise en place de mesures, nécessitent l’application stricte de règles définies par la loi.

Or, il est bon de rappeler que la France est hors la loi depuis le mois de Mars et a été assignée par la Cour de Justice de l’Union Européenne pour avoir (déjà) dépassé les 35 jours de dépassement autorisé des valeurs limites pour les particules fines fixées par la directive européenne de 2008.

A partir de 2013, le contentieux européen sur les particules va coûter à la France entre 10 et 15 millions d’euros d’amende plus jusqu’à 300 000 euros par jour d’astreinte. Il faut croire que l’on aime dépenser de l’argent pour se rendre malade.

Cherchez l’erreur.

 

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