Et bien voilà. Ce qui devait arriver depuis longtemps arriva. Les gaz d’échappement des véhicules diesels viennent d’être classés cancérogènes par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). L’association RESPIRE se réjouit de cette décision, qui fait l’effet d’une bombe et alimente l’ensemble des journaux d’aujourd’hui.

Le Diesel: un danger sanitaire latent

Depuis ses débuts, l’association Respire alerte sur les dangers de ce carburant (cf. voir article sur le Diesel), nourris aux avantages fiscaux (voir le reportage sur le Diesel du mercredi 5 juin 2012 sur TF1) et si ancré dans notre mode de consommation d’énergie automobile. Mais attention, le risque sanitaire à grande échelle n’est pas si loin malgré les appareillages visant à réduire les pollutions atmosphériques comme les pots catalytiques et les filtres à particules de nos voitures.

En effet, malgré ce que vous pourrez entendre sur la réduction totale d’émission de particules avec les filtres à particules (FAP), leur action n’est effective qu’à partir d’une certaine température, que la circulation en ville ne permet pas d’atteindre. Autre effet des moteurs Diesel, ils rejettent du Dioxyde d’Azote un gaz très irritant.

« Les preuves scientifiques sont irréfutables et les conclusions du groupe de travail ont été unanimes : les émanations des moteurs diesel causent des cancers du poumon », a déclaré le Dr Christopher Portier, qui le présidait. « Etant donnés les impacts additionnels pour la santé des particules diesel, l’exposition à ce mélange chimique doit être réduite dans le monde entier », a-t-il ajouté.

Un procès du Diesel en France, comme au Japon ?

S’il fallait ce classement par le CIRC pour déclencher des procès, c’est chose faite. Seulement, quand on suit le procès des victimes de l’amiante en France, a qui on a demandé de rembourser les indemnités que l’État leur a versé, et celui des deux dirigeants de la plus grosse société italienne de production d’amiante, condamnés à 16 ans de prison ferme, on imagine la longueur et les impasses des victimes du Diesel. En tout cas, certains constructeurs ont éventuellement du soucis à se faire.

Il serait de bon ton de penser à poursuivre plus rapidement le processus législatif pour faire adopter en France le « recours collectif » (sorte d’équivalent des « class action » américaines), abandonné par l’ancien Président de la République, Nicolas Sarkozy, en 2007. Respire s’y attèle et est déjà bien avancé sur le sujet.

Le petit plus du Diesel sur le cerveau

Les effets des gaz du Diesel reconnus de longue date sur le système respiratoire, le sont toutefois moins reconnus par l’OMS, dont on espère que la décision récente de les classer cancérigènes pour l’homme entrainera également la reconnaissance de ses effets directs sur le cerveau.

Car ni l’Institut de Veille Sanitaire (InVS), ni l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) n’ont songé à prendre en compte (ce qui ajouterait aux deux millions de décès prématurés dénombrés dans le monde chaque année) les décès liés aux atteintes neurocérébrales des particules. Ainsi l’OMS, consciente que « les particules en suspension ont plus d’effets sur la santé que tout autre polluant », ne relève leur impact qu’en termes d’affections respiratoires, de cardiopathies et de cancers pulmonaires. Pourtant les effets sur le cerveau sont connus depuis les années 1980, en particulier chez les garagistes exposés aux particules émises par les moteurs Diesel. Le lien entre les maladies neurodégénératives et l’exposition aux particules fines de la pollution urbaine a été établi chez le chien, puis chez l’homme.

Le petit plus du Diesel sur le système cardio-vasculaire et respiratoire

Nous aurons entendu peu d’instances publiques depuis 40 ans crier haut et fort les dangers du Diesel. Pourtant, cancérogène aujourd’hui, neurotoxique depuis 30 ans, le Diesel et les particules fines qu’il émet sont impliqués dans d’autres incidents sanitaires.

Vivre à proximité de routes pourrait être responsable de 15 à 30% de nouveaux cas d’asthme chez les enfants, de maladies pulmonaires obstructives chroniques (MPOC) et de maladies coronariennes chez les personnes de 65 ans et plus.

Dans certaines écoles, à Springfield, dans le Massachusetts, avoisinant Amherst, la ville natale des Brandt, au moins 40% des étudiants souffrent d’asthme, de sifflement dans la respiration, de toux, d’essoufflement dans la poitrine. La région est bordée par deux grandes autoroutes et est à proximité de l’usine thermique de Mount Tom alimentée au charbon.

Des chercheurs ont rapporté dans the Journal of Epidemiology and Community Health que les personnes asthmatiques exposées à des niveaux plus élevés d’ozone et de particules sont beaucoup plus susceptibles de moins contrôler leur asthme.

L’exposition au trafic routier est le plus important facteur déclenchant d’infarctus en population générale. C’est ce qui ressort de l’étude d’une équipe belge du Centre de Sciences Environnementales de l’Université de Hasselt (Diepenbeek, Belgique), qui a évalué l’impact en population des facteurs déclenchant d’infarctus (IDM) à partir de 36 études épidémiologiques.

Voir l’article complet ici.

Diesel: histoire d’une starisation d’état

Le moteur à huile est resté longtemps cantonné aux tracteurs et aux poids lourds, même si d’autres professionnels de la route, comme les taxis s’y convertissent. À l’époque, il n’était pas prévu que Monsieur Tout-le-monde le choisisse. Jusque dans les années1990, le moteur Diesel pâlit d’une mauvaise réputation. Au delà du bruit et des vibrations, ses rejets de fumées noirâtres attisent les critiques ; des poisons possiblement mortels, liés à son fonctionnement. À commencer par les particules de suie, qui se forment en raison de la combustion hétérogène du carburant.

Les constructeurs automobiles vont faire des efforts et accomplir de grands progrès techniques. Entre 1986 et 1996, le développement du système d’injection directe à haute pression (HDi), éliminera les bruits et une bonne partie des fumées les plus visibles. Plus tard, cette innovation ne suffisant pas à redorer l’image du « diesel à papa », PSA Peugeot-Citroën mobilise plusieurs dizaines d’ingénieur en 1997 sur un projet de filtre à particules. Et ça marche, d’autant plus que la préoccupation naissante des années 2000 que représente la baisse des émissions de CO2 saura jouer en sa faveur et occulter toutes les autres considérations.

Aujourd’hui, 65% du parc automobile est équipé de moteur Diesel. 80% du carburant vendu chaque année en France est du Diesel, faisant de notre pays le plus équipé de ce type de moteur. Pas étonnant que les constructeurs, et notamment le groupe Peugeot ait du soucis à se faire.

Le bonus malus, reflet de l’incompétence de nos élites

L’escroquerie à un milliard d’euros qu’est le programme du bonus-malus, orchestrée par le Gouvernement précédent suite au Grenelle de l’environnement aura eu deux effets pervers, dont le coût, supplémentaire, sanitaire sera un jour chiffré. Le principe : moins votre nouvelle voiture émet de CO2, et plus vous avez de réduction sur le coût du véhicule.

Premier effet pervers, celui d’avoir augmenté le nombre de voitures en circulation, réduisant d’autant plus les gains liés aux moindres émissions de CO2 qu’elles sont censées générer.

Le deuxième effet pervers arrive. Quels sont les véhicules qui émettent le moins de CO2 ? Nous vous le donnons dans le mille : celles équipées d’un moteur diesel, y compris ceux qui ne sont pas équipés d’un filtre à particules (obligatoire sur les véhicules neuf depuis le 1er janvier 2011). Ces moteurs émettent ensemble 95% des particules fines du parc automobile français. La question épineuse qui soit-disant oppose la problématique du dérèglement climatique à celle des répercussions sur la santé de la population trouve au moins une réponse commune à laquelle peu de médias s’intéressent : la baisse du parc automobile et le développement des transports en commun.

L’homme a longtemps pensé …

L’Homme a longtemps pensé que la terre était d’une immensité telle qu’il n’aurait pas à s’en soucier. Il en a pourtant modifié la surface dans un laps de temps infiniment court, comme aucune autre espèce avant lui.

L’Homme a longtemps pensé que les océans étaient d’une immensité telle qu’il n’aurait pas non plus à se préoccuper des conséquences de sa pêche. 75% des stocks de poissons commercialisés ont été surexploités jusqu’à la limite de l’épuisement.

L’Homme a longtemps pensé que l’atmosphère était d’une immensité telle qu’il n’aurait pas à s’essouffler pour le protéger. Pourtant, il s’asphyxie lui et ses semblables, tranquillement mais surement. « Bien sûr que c’est dangereux pour la santé », répond plein de bon sens l’interrogé. Mais « on y peut rien », pourrait-il enchaîner. La pollution de l’air en ville est devenue, peu à peu, une donnée avec laquelle il faut composer, rangée dans la catégorie du « il faut faire avec ».

Respirer un air pur est un droit: défendez-le avec Respire

Des millions de citoyens en France sont exposés à des seuils de polluant bien au delà de la règlementation parce que le problème n’a jamais réellement été pris au sérieux. Respire a besoin de vous pour que nous soyons de plus en plus nombreux à défendre ce droit à un air sain, comme nous le dit la loi et que ce mouvement se pérennise.

Si la pollution de l’air fait partie des préoccupations sanitaires majeures, l’exposition aux polluants aériens échappe en partie au contrôle individuel et nécessite que les autorités publiques fassent appliquer la loi (il est étrange d’avoir à demander le respect de la loi à celui qui la fait). C’est ce pourquoi nous travaillons chaque jour à Respire. Faire respecter la loi. Ne pas attendre que l’Europe nous condamne à 40 millions d’euros parce que les Gouvernements français successifs n’ont jamais écouté ni pris les mesures nécessaires pour protéger les citoyens.

Si les mesures de protection ne s’appliquent pas pour les citoyens, qui protègent-elles alors?