La pollution, une discussion de comptoir ?

La pollution, une discussion de comptoir ?

ENVIRONNEMENT

La semaine passée, l’Ile de France et quelques grandes villes de France ont subi une vague de pollution de l’air. Pour RESPIRE, rien de bien nouveau sous le soleil, nous sommes conscients de cette réalité depuis plusieurs années. Mais, les médias s’emparant de l’affaire, de nombreuses personnes reliées au monde par les voies d’information actuelles s’approprient ce nouveau buzz médiatique. Aussi, qu’en est-il du traitement de ce type d’information et qu’en reste-t-il pour les personnes qui le découvrent seulement aujourd’hui ?

J’ai rencontré ces derniers jours plusieurs personnes d’origine et d’âge très différents avec lesquels j’ai discuté de la pollution de l’air. Le sujet est toujours venu d’eux et certains ne savaient pas que je faisais partie d’une association dont l’objet était précisément la pollution de l’air. J’ai été frappé par le degré de méconnaissance du sujet (ils le découvraient) ainsi que par le traitement qu’ils en faisaient (l’action mise en œuvre face à cette prise de conscience) :

« Tiens, j’ai entendu à la radio qu’il y avait en ce moment des pics de pollution. On en entendait jamais parlé avant, c’est bizarre… »

« Ça me rappelle quand je suis arrivé sur Paris, ça me piquait la gorge, j’avais un peu oublié depuis mais c’est vrai qu’on respire mal … »

« Ils nous disent de ne pas sortir pour cause de pollution et en même temps il faudrait faire du sport toutes les semaines pour le cœur …comment je fais moi ! »

Voici pour les accroches. J’ai laissé couler la discussion. À aucun moment n’ont été évoqués les moyens à mettre en œuvre pour lutter contre cet état de fait. Personne ne s’est demandé pourquoi nous en sommes là ni ce qu’il serait bon de faire. L’information passe, pas la réflexion.

MÉCANISMES

Si l’on décrypte le mécanisme, quatre temps entrent en ligne de compte.

L’information et l’action des pouvoirs publics

Les pouvoirs publics relaient cette information à leur façon. Ils délivrent l’information suivante : « Il y a des pics de pollution » et des recommandations sanitaires (État protecteur), comme pour un virus (grippe, H1N1). Si l’on s’attarde sur ces recommandations, nous constatons qu’elles poussent les gens à la passivité : « ne sortez pas, surveillez les personnes fragiles, réduisez vos efforts physiques ». À aucun moment le message transmis n’indique le lien entre l’action préconisée et la source du problème … car il n’y en a pas ! En effet, sortir dans la rue ou jogger n’a pas d’influence sur l’état de la qualité de l’air !

Mieux, dans son communiqué de presse du samedi 28 mars dernier, l’État donne pour origine à la vague de pollution de l’air, la météo particulièrement clémente en cette fin de mois de mars … Là encore, le lien entre la pollution de l’air dont nous connaissons la composition chimique et le ciel bleu azur de ce mois de mars est un subterfuge. Les pics de pollution actuels ont pour composition quasi-exclusive les PM10 issus des moteurs diesels et non un taux d’ozone élevé. Un simple raisonnement consiste à se rendre compte que les pics de pollution ne connaissent pas la météo (il y a des pics aussi quand il fait froid ou nuageux).

L’évènement

L’État ayant informé la population et indiqué les mesures à prendre, les médias relaient l’information … de manière brute, sous forme d’évènement. Par définition, l’évènement est temporellement défini. Il partira comme il est venu. Ils sont présentés sous forme de brève ou de bulletin, l’information se résume à un état de fait : il y a des pics de pollution, attention aux personnes fragiles, contenez vos efforts.

Les pics de pollution ne sont donc pas traités par l’État comme une problématique qui nécessiterait une réflexion de fond. On passe l’information à son voisin, rien de plus. Personne pour se demander pourquoi ces pics, pourquoi maintenant.

La discussion

L’évènement est fait pour être commenté. Ainsi, deux citoyens se rencontrent et discutent des pics de pollution. Ils relaient l’information qu’ils ont capté « il y a des pics de pollution » et le commentaire sur l’action de l’État (ne pas sortir de chez soi). Personne n’a évoqué les sources du problème, personne ne relaie ces données, elles n’entrent pas dans le débat.

Le résultat

Ainsi, le lien est fait par la majeure partie des citoyens qui se met alors à penser que l’action à mettre en œuvre pour lutter contre la pollution est donc de réduire ses déplacements à pied !

Pour illustrer, on peut faire le lien avec ce très bon film de John Carpenter « They live » dans lequel un groupuscule résistant découvre que les humains sont réduits à l’état d’animaux dociles par les extraterrestres. Ces derniers nous domptent par des messages cachés dans les revues, les publicités et autres discours politiques (dormez tranquille, ne pensez pas, obéissez, reposez-vous, rêvez, vous êtes heureux, fantasmez, …). L’image, volontairement grossie révèle le concept : l’information fournie ne doit pas permettre aux citoyens de comprendre pour agir mais de savoir pour (mal) agir, (comprendre permet de passer par la case réflexion et ainsi adapter son comportement). Ceci amène à ne pas faire l’effort intellectuel suffisant pour démonter la démonstration servie : ne pas aller courir permet de lutter contre la pollution.

SYNTHÈSE

Ne soyons pas paranoïaques. Il est déjà bon que l’information circule, mais il est néfaste qu’elle influence les citoyens dans ce sens (fatalité, résignation). Il revient donc à ceux qui savent de transmettre l’information de manière continue (pour éviter l’effet de buzz) afin que chacun puisse juger par lui-même de la situation (comprendre) et, par bon sens, y remédier par l’action appropriée (différente de la vision passive préconisée par l’Etat). Mais pour ce faire, il convient d’utiliser une autre méthode informative que celle utilisée par les pouvoirs publics et les médias : la pédagogie.

C’est ce que nous tentons de faire à RESPIRE par différents articles explicatifs. Certes, il faut prendre le temps de lire et tenter de comprendre. Mais cela ne vaut-il pas mieux que d’être persuadé que rester chez soi permet de lutter contre la pollution de l’air ??!

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One Comment on “La pollution, une discussion de comptoir ?

  • Cette situation est le résultat d’années de non-information associé à une non-éducation quasiment organisée par l’EN, les média, les collectivités, l’État….un consensus où les association soutenues par les fonds publiques ont brillé par leur silence.

    L’indice Atmo(moyenne journalière effaçant les pics horaires) pratiqué par Airparif et d’autres gestionnaires de réseau en France, présente la situation « moyenne et lissée » de l’année comme « bonne » sans le moindre soucis de santé publique.

    Le passage à Citéair (indice européen) nous rapproche de la réalité.

    Les politiques en France ont favorisé les émissions de particules en taxant faiblement le gasoil, l’Italie, par exemple, a mis au même prix essence et GO et a mis en place des Zapa dans les centres ville – comme à Milan qui avait pourtant mauvaise réputation.

    Ces mesures paient ! Aujourd’hui la qualité de son air progresse. Non la pollution de l’air n’est pas une fatalité !

    En premier l’État, puis les collectivités territoriale et en dernier lieu le citoyen (il est la victime, pas vraiment acteur !) sont les principales parties prenantes et rien n’indique que les choses vont changer quand on écoute les différents candidats à la présidentielle qui font de l’amélioration de la qualité de l’AIR leur dernière préoccupation.
    On s’en prend aux citoyens alors qu’ils sont les victimes ignorantes de la très mauvaise gestion de notre environnement.

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