Le confort de la résignation, une posture (bien pratique) de la modernité

Le confort de la résignation, une posture (bien pratique) de la modernité



Photographie du périphérique parisien à la tombée du jour
Photographie du périphérique parisien à la tombée du jour

 

« Approche psycho-sociologique de la quantification de la pollution de proximité au trafic dans l’agglomération parisienne », telle est le nom savant de la dernière étude d’AirParif, publiée le mois d’août dernier pour mieux cerner le ressenti de la pollution de l’air par un certain nombre de Franciliens. Le résultat ? « Il faut faire avec ».

Respire mon ami(e), c’est comme ça

D’un côté, les Parisiens ont conscience du risque, mais de l’autre, ils ont du mal à l’appréhender concrètement. Nous formulions déjà précédemment que cette pollution invisible (quoi que suffisamment olfactive parfois pour s’en apercevoir) rend difficile la représentation du risque. Alors, le résultat, c’est que ce problème flotte dans l’air comme une chose immuable. La pollution de l’air en ville est devenue, peu à peu, une donnée avec laquelle il faut composer, rangée dans la catégorie du « il faut faire avec« .

L’étude sur la pollution de proximité

Une cinquantaine de volontaires, hommes et femmes, de Paris et de sa banlieue a participé aux travaux de Lionel Charles. Equipés de capteurs, ils ont été suivis pendant deux jours durant lesquels leur exposition au dioxyde d’azote a été mesurée. Résultat : ils sont exposés à un surplus de pollution dû à leur proximité de la circulation. Les testés ont ensuite eu des entretiens avec le sociologue. Selon Lionel Charles, il ressort que « la pollution routière reste mal cernée« . Les riverains des grands axes « se sentent démunis face à une réalité sur laquelle ils n’ont pas de prise et attendent, non sans recul critique, un engagement plus ferme de la puissance publique. »

Le confort de la résignation, une posture (bien pratique) de la modernité

« Je ne veux pas lâcher un peu de mon confort pour le bien de tous, alors je dis qu’on est impuissant, que c’est comme ça ». La résignation est une arme puissante … et pratique. Moins d’effort pour plus de confort, telle pourrait être un des adages de la modernité. Les conséquences dans tous ça ? La débauche d’énergie, la dépense inconsidérée, le gaspillage aveugle, la pollution. Mais qu’importe. C’est comme ça, on y peut rien. Surtout pas nous, individus pris dans les rouages du mécanisme géant de la société économique (facile et pratique également). Quelle est donc l’utilité à dépenser de l’énergie, physique et psychologique, pour se déplacer autrement, et ainsi chercher à diminuer l’ampleur d’une pollution qui touche tout le monde ? Aucune. Aucune parce que c’est comme ça, on y peut rien. Il faut faire avec. L’expression est à elle seule destructrice de toute tentative plus ou moins salvatrice. Elle exprime la toute puissance de ficelles invisibles qui régissent et guident nos vies. Elle évite de modifier un comportement. Elle est une excuse. Un aveu d’impuissance ? Pas complètement. Elle est aussi, cette expression, bien pratique pour rester dans son confort. Parce que le confort, c’est bien. Le confort c’est bon.

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