Les cancers de l’Etang de Berre

Les cancers de l’Etang de Berre

Un interne des Hôpitaux de Paris réagit aux conclusions tirées par l’INVS concernant le lien entre la pollution atmosphérique à l’Étang de Berre et les hospitalisations pour pathologies cardiovasculaires et respiratoires.

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Le pourtour de l’Étang de Berre est une zone densément peuplée, où de nombreuses industries ont été installées depuis plus de 50 ans. La zone Fos-Étang de Berre est ainsi la zone industrielle la plus importante de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (Paca), regroupant sur plusieurs sites un important complexe pétrochimique et sidérurgique. Les industries émettent de nombreux polluants atmosphériques qui en font une des zones les plus polluées en France, malgré l’instauration de normes de plus en plus contraignantes et les progrès techniques réalisés par les industriels qui ont permis une diminution des rejets depuis 20 ans.

Dans ce contexte et devant les nombreuses interrogations de la population et des associations écologistes, une étude descriptive écologique de la morbidité hospitalière pour les pathologies cardio-vasculaires, respiratoires et pour cancer a été menée sur la période 2004-2007.

L’étude n’est que très peu concluante. Les seuls résultats statistiquement significatifs retrouvés par l’étude seraient en faveur d’un sur risque très modéré d’infarctus du myocarde et de leucémies aiguës chez les patients ayant subi une forte exposition aux toxiques industriels de la région. On ne retrouve en particulier pas de sur risque de pathologie cancéreuse solide, notamment pulmonaire, ni de bronchopathie obstructive (BPCO). La significativité statistique de ces résultats reste tout de même discutable et les chiffres retrouvés peuvent très bien être dus au hasard, compte tenu de la puissance faible des études descriptives.

Les résultats de cette étude sont difficilement interprétables compte-tenu de biais évidents de confusion notamment (durée d’exposition aux toxiques en particulier, les patients qui ont respiré cet air pendant 20 ans et ont ensuite migré vers des cieux plus clairs ne sont pas pris en compte, ceux qui se sont installés il y a 6 mois ou qui ont fait un Infarctus en vacances ont été inclus…), de la faible puissance du type d’étude et de choix discutables dans les méthodes. Une étude de cohorte historico-prospective (une étude sur une longue période couplée à un recueil de résultats anciens) portant sur une période beaucoup plus longue et sur un échantillon de fait plus élevé, et sur une population mieux ajustée (par rapport à la durée d’exposition aux effluents toxiques), avec un modèle de régression logistique et calcul d’une relation dose-effet, mais qui serait bien évidemment beaucoup plus coûteuse, beaucoup plus compliquée et probablement plus subversive, serait plus adaptée à l’objectif et donnerait des résultats plus maniables.

 

Synthèse de l’étude :

Pour télécharger l’étude complète : cliquez ici

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