Les deux-roues motorisés à Paris, solution ou problème ?

Les deux-roues motorisés à Paris, solution ou problème ?

 

Vietnam moto
Vietnam – Arran Smith / Unsplash

Les motos, mobylettes et autre deux-roues motorisées ou 2RM font débat. On pourrait croire que plus petits ou plus mobiles, ils apportent une solution aux problèmes de circulation urbaine. Il n’en est rien, comme l’explique Frédéric Héran, économiste et grand expert des transports urbain.

Depuis dix ans, les 2RM n’augmentent plus dans Paris. Certes, ils séduisent encore de nombreux usagers pour leur incomparable rapidité, en permettant d’être hypermobile et ponctuel, mais au prix de très nombreuses infractions : dépassement des vitesses limites, doublements dangereux, utilisation des couloirs de bus et des aménagements cyclables et stationnement sur les trottoirs. Leurs nuisances demeurent surtout bien supérieures à leurs avantages.

Une forte consommation d’espace

Un 2RM prend environ deux fois moins d’espace de circulation qu’un automobiliste par kilomètre parcouru. Mais s’il profite de sa vitesse pour aller deux fois plus vite et plus loin qu’une voiture, il utilise alors pour son déplacement autant d’espace de circulation. Quant au stationnement illicite des 2RM sur les trottoirs, il constitue une appropriation de l’espace public au détriment d’autres usages et entraine une gêne pour les piétons et une perte d’urbanité de ces espaces.

Un bruit considérable

À Paris, le bruit des 2RM domine le fond sonore urbain. Certes, le bruit procure une « sensation de puissance » aux motards qui apprécient la « mélodie » de leur machine et considèrent qu’elle leur permet de se faire entendre pour leur sécurité. En réalité, un 2RM bruyant est forcément débridé ou puissant, deux caractéristiques qui facilitent une conduite plus sportive, donc plus dangereuse.

Une consommation d’énergie et une pollution élevées

Un 2RM a une consommation d’énergie par personne transportée du même ordre qu’une voiture à essence (≈ 6 l/100 km). Il est pourtant 5 à 10 fois moins lourd. Cette piètre performance s’explique, pour les cyclomoteurs, par des moteurs peu optimisés et, pour les motos, par des moteurs surdimensionnés permettant de fortes accélérations. En conséquence, la pollution émise est aussi similaire à celle d’une voiture. D’autant plus que beaucoup de 2RM sont modifiés pour rouler plus vite.

Un énorme risque d’accident

À Paris intra muros, il est environ 40 fois plus dangereux de circuler en 2RM et 6 fois plus à vélo qu’en voiture. Depuis 2001, les 2RM sont impliqués dans 53 à 64 % des accidents et représentent environ la moitié des tués et blessés graves, alors qu’ils ne comptent que pour 3 % des déplacements de surface, y compris à pied. À cause de l’énergie cinétique des véhicules en mouvement, le risque d’accident augmente bien plus vite que ne croît la vitesse. Et, à vitesse identique, le poids joue un rôle proportionnel : une moto de 250 kg est trois fois plus dangereuse qu’un petit scooter de 85 kg.

Une inactivité physique délétère

Comme la voiture, le 2RM est un mode passif, au contraire du vélo ou de la marche qui sont des modes actifs. Des centaines de recherches scientifiques ont démontré les bienfaits d’une activité physique régulière, sur de nombreuses pathologies chroniques. Si bien que, même si le vélo est certes un peu dangereux, le bilan de santé publique des cyclistes est très positif, alors qu’il est très négatif pour les 2RM et négatif pour les automobilistes.

Un mode de déplacement très peu urbain

À part leur vitesse, les 2RM n’ont aucun avantage par rapport à la voiture. De plus, le pilotage d’un 2RM réclame des compétences particulières qui ne sont pas à la portée de tous. Au total, il n’y a donc pas de raison d’encourager l’usage de ce mode, bien au contraire, du fait de l’envahissement des trottoirs, du bruit et de l’insécurité routière qu’ils génèrent.

Résumé d’un article de Frédéric HERAN, « Les deux-roues motorisés en milieu urbain, solution ou problème ? », Transports urbains, n° 131, 2017, p. 14-19.

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One Comment on “Les deux-roues motorisés à Paris, solution ou problème ?

  • Je voudrais préciser que les 2RM n’ont aucune difficulté pour pénétrer sans autorisation dans les centre-ville piétons interdits aux voitures étant donné qu’ils passent facilement entre les bornes. Ils font du bruit, polluent et se garent partout en enlaidissant le paysage des quartiers historiques et sauvegardés…

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