Péage urbain ou pas de péage urbain. Quelle est la question ?

Péage urbain ou pas de péage urbain. Quelle est la question ?

Dans le cadre de la futur loi sur la mobilité, le Gouvernement vient d’annoncer qu’il souhaite favoriser l’émergence de péages urbains dans les grandes villes de France. Les automobilistes sont contre, normal. Les asphyxiés du quotidien salue la déclaration. Quelle est donc la question au juste ? Savoir si l’on va taxer les automobilistes ou savoir si l’on va protéger la santé de milliers de personnes ? Certains s’offusquent des taxes, pendant que d’autres se soucient de santé publique.

©PHOTOPQR/VOIX DU NORD – autoroute. telepeage.
LE 04 11 2013 Photo Bruno Fava La Voix Du Nord

Péage urbain, de quoi parle-t-on ?

Un péage urbain, en gros, c’est une barrière, pour filtrer l’accès à une zone, dans le but de la protéger. La protéger de quoi ? La protéger de la pollution. Parce que bon, rappelons le, 16 métropoles françaises ne respectent pas la règlementation sur les particules fines. En protégeant cette zone, on y protège ses habitants, ses passants, bref tous les gens qui y sont présents.

Cette barrière, elle peut être invisible et ne pas être matérialisée par une section de péage comme on le pense. Imaginez plutôt une zone, délimitée sur une carte. Si vous voulez y rentrer, des caméras peuvent vous voir et vous faire payer ensuite la facture. Ou, vous payez une vignette annuelle, que vous devez avoir en cas de contrôle. Avec le numérique, on peut également vérifier que vous répondez aux critères grâce à votre smartphone.

Pour la traverser, cette « barrière », il y a plusieurs de manières.

A Londres, il vous en coutera 13,5€ pour accéder à l’hyper-centre, sauf si vous vous déplacez en voiture ou 2 roues électriques, ou émettant moins de 100 grammes de CO2 par kilomètre (oui en effet, le CO2 n’a rien à voir avec la vraie pollution automobile, mais c’est 20 minutes qui le dit). Résultat, baisse de traffic de 15%. Toujours des bouchons, mais plein d’argent rentré dans les caisses de la ville.

A Milan, la zone centrale n’est accessible qu’aux véhicules les moins polluants et doivent payer une taxe. Résultat. Moins 30% de circulation. Moins 38% de particules fines en 4 ans. On ne rigole pas avec la santé. L’Italie a continué de mettre en place des péages (Rome est également équipée) et des zones à trafic limité dans 38 agglomérations.

A Berlin, la vignette verte pour l’accès au centre de la ville abritant 1 million de personnes a permis de réduire le nombre de voies dépassant le seuil de particules fines de 48% à 27%.

Singapour a un péage depuis 1975. D’autres exemples peuvent être cité, mais on vous conseille vers l’article du Figaro sur les autres expériences internationales. Pour les curieux de réflexion, il y a l’étude de l’ADEME sur le sujet.

La mobilité urbaine en voiture

Si elle diffère en fonction des métropoles, la mobilité automobile n’est pas toujours bien appréhendée.

A Paris par exemple, plus de 50% des automobilistes ne roulent que dans Paris. Et les transports en commun, c’est pour les prolétaires ? Habiter dans Paris est un luxe, s’y déplacer en voiture aussi. Donc pour ces personnes là, une taxe ne fera pas de mal à leur porte monnaie. On enlève des bouchons pour ceux qui doivent vraiment prendre la voiture.

D’ailleurs, 80% des véhicules en circulation sont des particuliers. 64% des automobilistes circulant dans Paris sont des CSP+. Les déplacements en provenance ou à destination de la grande couronne sont très minoritaires, les automobilistes et conducteurs de deux-roues motorisés de catégories socio-professionnelles défavorisées, n’ayant pas les moyens de se déplacer autrement qu’avec leur véhicule, sont aussi très minoritaires.

A Paris, 42% des trajets en voiture font moins de 10 km.

Évaluons le problème. Décrivons les solutions.

Dire que le péage urbain, c’est nul, avant d’avoir fait émerger les arguments pour et contre

Monsieur l’électricien et Madame le plombier. Vous devez intervenir à l’intérieur de la zone urbaine soumise à une restriction de circulation ? Nous vous proposons de ne pas payer pour le moment. Par contre, on peut vous proposer une aide pour changer de véhicule, comme c’est le cas de la Mairie de Paris. Profitez en, c’est le contribuable qui paye.

Monsieur qui veut aller au BHV dans le Marais, depuis Saint-Denis ? Prenez les transports en commun. On sait, c’est long. Mais je ne vois pas pourquoi vous viendriez polluer juste pour vos emplettes de décoration.

Travailleurs qui venez travailler dans le centre ville ? Entrez à deux, on ne vous fera pas payer, promis. 80% des véhicules ne transportent qu’une personne (questionnaire réalisé par la Mairie de Paris). Le covoiturage domicile travail explose. Les applications mobiles telles que Karos, Waizup permettent de s’organiser convenablement.

Pas de taxe pour passer le péage ? Pourquoi pas, mais … Qui a dit qu’il fallait taxer avec de l’argent ceux qui veulent passer le péage ? Certainement ceux qui n’ont pas d’imagination. Pourquoi ne pas inventer un système de points à gagner, pour les dépenser ensuite ? Vous êtes conducteurs d’une voiture, trouvez un passager à emmener. Vous gagnez des points, qui vous donnent la possibilité de venir un autre jour seul.

On peut penser à une modulation des prix en fonction des pics d’affluence.

Et le vélo, ça vous parle ? Pour ceux qui n’auraient pas le courage, il existe le vélo à assistance électrique. C’est un petit budget au départ, mais très relatif par rapport à une voiture. Vous vous déplacez sans effort à au moins 15 km/heure de moyenne. De quoi faire quelques bonnes traversées de ville sans encombre. Quoi que.

Toujours sur le vélo. Cette contribution financière peut servir directement à financer les systèmes d’incitation à l’usage des mobilités douces. Une taxe a du sens quand contribue à faire émerger la solution en ponctionnant le problème.

Je sais pas moi, on peut proposer plein de choses avant de trancher ?

Une taxe ? Non. Un permis de polluer.

« On nous tond comme des moutons ». Le gimmick classique. « Encore des taxes ».

Estimez vous heureux qu’on ne vous interdisent pas purement et simplement l’accès au centre ville, compte tenu du fait que votre véhicule motorisé à essence ou au gasoil est une bombe à retardement pour tous les passants. Ce droit à intoxiquer vos enfants, votre famille, vos amis et ceux que vous ne connaissez pas, vous le payer aujourd’hui, soyez en heureux. Payer pour empoisonner, quel beau privilège que l’Etat de droit d’une nation moderne vous octroie encore au lieu de vous en priver purement et simplement.

Comme pour les cigarettes, vous vous empoisonnez en vous plaçant dans une situation à risque, en plein coeur du traffic automobile. Donc vous payez pour l’assurance maladie. Vous participez à l’empoisonnement collectif ? Vous payez pour l’assurance maladie.

22% des automobilistes disent qu’ils ne peuvent faire autrement que de prendre leur voiture dans Paris. 78% favorisent donc leur confort à votre santé. Certains s’offusquent des taxes, pendant que d’autres se soucient de santé publique. Je ne sais pas comment on peut se regarder dans un miroir le matin et penser à de l’argent avant les morts.

Continuer de trouver des excuses pour ralentir le processus de diminution de la pollution de l’air, c’est exactement la même mécanique à l’oeuvre que pour l’amiante. On savait, mais il ne fallait pas changer pour des raisons économiques. Résultat ? 150 000 morts.

C’est bien parce qu’il y a eu des taxes et des lois pour empêcher de continuer à empoisonner que le monde devient meilleur. Car la force publique à encore cet outils pour viser l’intérêt général face à l’égoïsme individuel.

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