Pollution de l’air : seuils d’information, d’alerte et dépassements

Pollution de l’air : seuils d’information, d’alerte et dépassements

La pollution de l’air fait l’actualité dans les médias français. Et pour cause. Les dépassements des seuils réglementaires de particules fines ont été littéralement explosés depuis le début de l’année, consécutivement à l’abaissement de leur niveau. Néanmoins, même si certaines stations explosent les scores (et donc les seuils), les procédures d’information et d’alerte ne sont pas mises en œuvre à chaque fois. C’est un peu long et un peu fastidieux à expliquer mais tentons d’y voir plus clair, autant pour vous que pour nous.

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Ce qu’on lit dans la presse

Voici quelques extraits tirés de divers médias et présentant la situation de manière incomplète voire erronée.

Dans France Soir du 28 mars, on peut lire : Le seuil dit « d’information », qui s’accompagne d’une recommandation à l’attention des personnes vulnérables (enfants, personnes âgées, malades) a déjà été atteint 24 fois depuis le début de l’année, contre 16 pour toute l’année 2011.

Dans Le Figaro du 28 mars, on peut lire : On doit être au 25e jour de dépassement des seuils depuis le début de l’année», a lancé mardi Denis Baupin, adjoint chargé de l’environnement.

Dans une dépêche AFP reprise par le site Romandie, du 23 mars : Le Préfet de Police n’a baissé la vitesse limite qu’un seul jour, sur les 22 jours de dépassement des seuils, depuis début 2012!, regrette la mairie […]

Et un article de La croix, juste au moment où l’on termine cet article, qui confond dépassement et procédure d’information : La situation s’est même aggravée depuis le printemps dernier. Alors que la directive européenne n’autorise pas plus de 35 jours par an enregistrant des pics de pollution supérieurs à 50 microgrammes/m3 par point de mesure, l’agglomération parisienne en a déjà engrangé 23 depuis le début de l’année ! (67 faudrait-il dire …)

Définitions à retenir pour bien commencer

Ce qu’il faut garder à l’esprit, c’est que toutes ces expressions sont utilisées n’importe comment et qu’il convient de les définir pour bien les utiliser. Il faut distinguer :

  • les stations de fond, les stations de proximités ;
  • les seuils réglementaires, les dépassements de seuils ;
  • les niveaux d’informations et d’alertes ;
  • les procédures d’information et les procédures d’alertes.

Avec ça déjà, ce sera plus simple. Accrochez-vous.

Les stations, sont des systèmes équipés d’appareils mesurant les différents polluants de l’air. Les stations de fond sont éloignées des voies de circulation. Sur le site d’Airparif, par exemple (oui, on en parle beaucoup à Respire), elles sont appelées « Stations urbaines et périurbaines (P) ». Tandis que les stations de proximités sont situées le long des axes routiers. Ce sont les stations trafic. Voyez plutôt.

Les seuils réglementaires, eux, sont définis en fonction de la gravité des atteintes à la santé, par le décret 2002-213 du 15 février 2002. Par exemple, pour les particules fines, la loi dit qu’il ne faut pas dépasser la valeur de 50 microgrammes par mètre cube, pendant une durée de 8 heures, plus de 35 jours par an. Ce qui n’est déjà plus le cas pour au moins 4 stations de mesures en Île-de-France (voir ci-dessous). Les dépassements de seuils, très logiquement, interviennent quand le seuil réglementaire est dépassé. En fonction de ces seuils, mesurés simultanément sur une ou plusieurs stations de fond et de proximités (leur nombre est définit pour chaque polluant), la préfecture déclenche des procédures d’informations ou d’alertes correspondant aux niveaux d’information et d’alerte.

Le niveau d’information et de recommandation correspond à un niveau de concentration de polluants dans l’atmosphère (pour ces mêmes particules fines, ce niveau est définit depuis janvier 2012 à 50 microgrammes par mètre cube – µg/m3 ) au-delà duquel une exposition de courte durée présente un risque pour la santé humaine de groupes particulièrement sensibles au sein de la population, justifiant des mesures d’information et de recommandation pour réduire certaines sources. Le niveau d’alerte correspond à un niveau de concentration de polluants dans l’atmosphère (toujours pour les mêmes particules fines, ce niveau est définit depuis janvier 2012 à 80 microgrammes par mètre cube – µg/m3 ) au-delà duquel une exposition de courte durée présente un risque pour la santé de l’ensemble de la population ou de dégradation de l’environnement, justifiant l’intervention de mesures d’urgence. Rappelons qu’avant janvier 2012, les niveaux de concentration étaient respectivement de 80 µg/m3  et 120 µg/m3 ). Voir l’article : La nouveauté 2012 dans le dispositif d’information et d’alerte relatif aux particules fines

Les procédures d’informations et d’alertes sont des opérations coordonnées par les préfectures, déclenchées de manière distincte en fonction des niveaux de pollutions atteints, sur un certain nombre de stations. Par exemple, toujours sur les particules, la procédure est déclenchée lorsque le seuil d’information et de recommandation ou le seuil d’alerte est dépassé simultanément sur deux stations dont au moins une de fond.

Qui parle juste et qui parle mal ?

La phrase dans France soir est donc correcte. Le déclenchement de la procédure d’information a bien été déclenchée 26 fois depuis le début de l’année, parce qu’au moins 26 fois les stations de fond ont enregistrés des dépassements de seuils de particules fines. D’ailleurs on peut considérer de manière générale que lorsqu’une une station de fond enregistre un dépassement de seuil, les stations de proximités, situées près du trafic l’explosent littéralement.

En revanche, quand Le Figaro écrit On doit être au 25e jour de dépassement des seuils depuis le début de l’année, ce n’est pas tout à fait juste. Les stations de proximités enregistrent déjà des records, avec 6 stations sur 8 au delà de 35 jours. Comme il a déjà été remarqué le 28 février dernier dans l’article intitulé « Pollution de l’air et particules fines : deux mois et déjà hors la loi« , le dépassement du seuil réglementaire définit pour les particules fines (rappelez-vous, à 50 microgrammes par mètre cube, pendant une durée de 8 heures) a été réalisé déjà 35 fois à la station Autoroute A1 – Saint-Denis et à la station Boulevard Péripherique Auteuil ainsi qu’à Marseille au niveau d’une station (Rabatau ; voir le site d’Airparif) le 26 février dernier, soit 57 jours après le début de l’année (un jour sur deux grosso modo). Un petit rappel a été fait le 19 mars dernier avec une capture d’écran du suivi de la réglementation d’Airparif par l’ASQA (association de surveillance de la qualité de l’air), seule en France qui le fournit publiquement sans que l’on ait besoin de passer un coup de fil.

Idem pour Romandie et La Croix.

Critique du déclenchement de la procédure d’information et de recommandations

Comme nous l’avons vu, si tout le monde a suivi depuis le début et si j’ai bien expliqué (franchement, moi-même je m’accroche), il faut : deux stations qui mesurent un dépassement de seuil d’un des quatre polluants dont une station de fond pour déclencher ne serait-ce qu’une procédure d’information et de recommandation.

Le problème, in fine, réside dans le fait qu’il n’existe par exemple qu’une seule station de mesure sur le périphérique, qui enregistre 65 jours de dépassements du seuil réglementaire (50 µg/m3 sur 8 heures) de particules fines en à peine 3 mois, pas besoin de savoir si une station de fond enregistre également des dépassements de seuil de ce même polluant pour se dire que les habitants proches du périphérique respirent un air de merde et qu’il faudrait mettre en place des mesures plus strictes pour les protéger.

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2 Comments on “Pollution de l’air : seuils d’information, d’alerte et dépassements

  • Sans compter les astuces(air PACA) pour minimiser les situations critiques, exemple dans le var à Toulon: extrait des commentaires d’un article relatif aux nouveaux seuils sur le site :lamassecritique.fr

    page :http://lamassecritique.fr/wp/?p=3310

    gilles on 27 février 2012 at 18 h 35 min

    Ce lundi 27 l’indice est à 9 à Toulon .

    Commentaire atmo paca:
    Indice de qualité de l’air mauvais à Toulon. Il est bon à Gap et Avignon, moyen à Nice et médiocre ailleurs.Demain les indices moyens à médiocres sur la région.

    remarque: hier l’indice était à 8 et la prévision pour la journée de lundi était de 7 .la modification de l’affichage a été faite à minuit.
    Manque de bol les mesures confirment à 16h00 que ce n’est pas 7 mais 9.
    Donc l’affichage était erroné pendant 16 heures. Cela n’incite pas à prendre les mesures qui conviennent tant pour se protéger que pour réduire les rejets. les indices 8 et 9 correspondent a un seuil d’information de la population ??

    A 16 heures la journée finie qui va faire l’effort d’informer ? Voila ce que dit la nouvelle règlementation:

    Particules en suspension (PM10)

    niveau d’information et de recommandation : 50 µg/m3 en moyenne sur 24 heures, à 8h et 14h locales

    niveau d’alerte : 80 µg/m3 en moyenne sur 24 heures, à 8h et 14h locales

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