Depuis le classement des fumées de diesel comme cancérigène certain par le Centre international de recherche pour le cancer (CIRC) en juin dernier, des voix s’élèvent pour nuancer les conclusions de cette antenne de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

 

 

 

Un début de prise de conscience

Tout le monde se souvient de la tempête déclenchées par les conclusion du rapport de l’OMS. Christophe Portier, qui présidait ce groupe de travail, avait résumé les choses ainsi : « Les preuves scientifiques sont irréfutables et les conclusions du groupe de travail ont été unanimes : les émanations des moteurs diesel causent des cancers du poumon ». C’était donc une reconnaissance officielle, entérinant tous les soupçons (ou quasi-certitudes) dont je vous faisais part depuis près de deux ans. Les conclusions du groupe de travail firent l’objet d’une dépêche AFP qui a mis la France face à sa triste situation. Il planait un air de l’an 1 vers la fin du fléau diesel.

Des industriels à la rescousse du diesel

Bien avant les conclusions de ce groupe de travail de l’OMS, PSA défendait bec et ongle la propreté de ses véhicules diesel, grâce au sacro-saint filtre à particules. Avec le filtre à particules et un moteur naturellement «plus sobre» qu’un moteur essence, le diesel était donc logiquement meilleur pour l’environnement que l’essence, selon PSA. Précisons toutefois que cette sobriété n’a de sens que si l’on compte en litres, comme on aime à le faire pour les carburants automobiles d’usage courant (et bizarrement pas ailleurs).
Après PSA, ce fut au tour du Diesel Technology Forum, un institut représentant les constructeurs automobiles et de camions, de s’exprimer, cette fois en réaction des conclusions de l’OMS.
Allen Schaeffer, président de ce forum, met l’accent sur la réduction de la teneur en souffre et sur les progrès technologiques qui ont contribué à rendre les moteurs diesel plus propres. Si le recul des émissions de composés soufrés, dont le dioxyde de souffre, est indéniable, le forum passe à côté du polluant tout autant problématique que les particules, les oxydes d’azotes. Il s’agit d’une véritable tare des véhicules diesel,  dont l’allumage spontané interdit toute régulation. Pire : la dépollution actuelle (limitation du CO, usage de FAP) augmente les émissions de NOx !

Rapport de l’AEE : finalement à charge ?

L’AEE a publié fin novembre son rapport sur l’impact des transports dans la pollution atmosphérique en Europe. À lire les nombreux articles du net publiés début décembre, on pourrait croire que l’AEE minimise aussi le rôle des véhicules diesel. Et pourtant…
Le résumé mentionne de grandes tendances (augmentation du trafic routier face aux renchérissement de ses alternatives en particulier le train, diminution des émissions polluantes du fait de la norme Euro, impact de la crise qui a augmenté la part relative des transports…). Leblogauto apporte plus de détails pour les non francophones (le rapport est en anglais) : ainsi l’AEE rapporte un fait bien connu, à savoir que les cycles de validations ne sont pas du tout représentatifs des conditions réelles de circulation. Les automobilistes étaient les premiers à s’en être rendu compte, passant plus souvent à la pompe qu’annoncé. Mais cela se traduit aussi en terme d’émissions de polluants : des émissions de CO2 proportionnellement plus élevés, mais des taux de NOx qui peuvent être 2 à 4 fois supérieurs !
«Qu’à cela ne tienne ! Avec la norme Euro 6 nous auront des dispositifs de réductions de NOx !». Ces dispositifs qui devrait arriver en 2014 (victimes du diesel d’aujourd’hui, va falloir être patient…), n’auront qu’un impact limité. Ils nécessitent en effet des températures élevées  de gaz d’échappement, ce qui n’est jamais le cas en ville. De mon simple avis, pas de solution miracle tant que l’on compte sur un diagramme normalisé pour valider les émissions de véhicules diesel (Lire davantage ici sur le New European Driving Cycle).

*On considère en général deux tailles de particules, les particules [«tout-court»], ou micro-particules, aussi appelées PM (particules allant jusqu’à 10 microns de diamètre), et les poussières fines/particules fines (en général les PM 2,5 ou inférieur), également appelées nano-particules. La limite d’efficacité des FAP s’arrête souvent aux micro-particules, les nano-particules étant physiquement impossibles à bloquer. De même, des nanoparticules se forment par condensation au refroidissement des gaz d’échappement.