Rendre visible et esthétique l’invisible

Rendre visible et esthétique l’invisible

Photos de Alceste99 - Flickr

 

L’ enjeu de communication sur ce sujet nous paraît important car il constitue une étape nécessaire, mais malgré tout insuffisante, pour créer des représentations des choses invisibles ou lointaines.

En effet, les pollutions environnementales qui affectent la santé humaine et les écosystèmes se déploient souvent de manière imperceptible, sauf quand le mal est fait et qu’il faut a posteriori réparer .

 

 

 

Au sein de l’association RESPIRE, ce concept nous tient à cœur. Nous pensons qu’il vous plaira également : il s’agit de rendre visible l’invisible. L’invisible microscopique environnant. Pas par magie mais par des objets, des techniques mécaniques, chimiques (inoffensives), des outils numériques et … un peu d’imagination. Cet article vous propose d’aborder le sujet, pas de le résoudre ni d’être exhaustif, mais d’offrir quelques idées sur la question du visible et de l’invisible.

Pourquoi ? Parce que rendre visible offre un support à l’émotion. Sans émotion, pas d’implication.

Pourquoi le dérèglement climatique nous indiffère

Cette nécessité de communiquer sur le concept de la visualisation m’est venue quand je travaillais au WWF-France. Un collègue m’avais transmis un article de magazine intitulé : « Le réchauffement climatique n’a pas de barbe » (daté de 2007 je crois). J’avais trouvé la démonstration intéressante pour expliquer notre passivité face au dérèglement climatique : nous n’avons aucun moyen neuropsychologique de réaliser ce qui nous attend (parce que, vous pouvez en être certain, il nous attend beaucoup de surprises), et ce pour plusieurs raisons :

  1. Le réchauffement climatique n’a pas de barbe. Notre cerveau s’inquiète surtout des menaces d’origine humaines et des intentions agressives de nos semblables. Cette menace environnementale n’est pas représentable sous une forme humaine.
  2. Le réchauffement climatique ne nous choque pas moralement. Nous ne sommes pas indignés, furieux, heurtés dans nos valeurs. Cela pourrait arriver si nous établissions un lien complexe de cause à effet entre les responsables multiples et les dégradations engendrées.
  3. Le dérèglement climatique n’est pas pour demain, même si ses effets se font largement ressentir en des points bien identifiées du globe. Notre cerveau est conçu pour éviter des dangers imminents. C’est un peu l’image de la grenouille dans un bocal d’eau.
  4. Ce phénomène est trop lent pour que notre cerveau, qui n’enregistre que les changements nets et brutaux, y croie.

La mascotte à cartouches de RESPIRE

The Mask - Art piece #1 réalisée pour RESPIRE - Montage sans retouche - Série limitée - 150 x 100 - Sébastien VRAY

Vous l’avez probablement remarqué, notre mascotte, c’est ce masque bleu avec deux « cartouches » (les deux cylindres de chaque côté). Acheté à Paris dans un magasin de bricolage durant l’été dernier 2010, un bel après-midi chaud et suffocant. Portée lors de notre première vidéo dans laquelle le Président de l’association, un jeune homme svelte, danse au niveau d’un passage piéton, il est aussi porté par notre trésorier, Thibaut, lors du marathon 2011 de paris. Ce masque n’est pas du tout pratique à porter et son utilisation se pratique lors des travaux de peintures qui contiennent quelques bons gros produits chimiques nocifs (des solvants) et qui dégagent de grande quantité de Composés Organiques Volatiles (COV), ou lors de phases de bricolages qui dégagent beaucoup de poussières fines (ponçage et découpe bois, « placo »/ »Fermacell », etc).

Ce masque, imposant, visible, interroge le passant. Pourquoi porte-t-il un masque ? C’est un déguisement ? Il est fou ? Peut-être est-ce pollué ? Il exagère, ce n’est pas si pollué à Paris. Quoique, c’est le seul vélo à ce feu rouge et il est entouré de voitures et de scooters.

Peu importe ce que chacun pense (nous ne pourrions pas lister toute la diversité des pensées). Néanmoins, nous avons l’intime conviction que, grâce à cette représentation imagée que « véhicule » le masque, il s’est établi une idée, une pensée, même fugace, sur la notion de qualité de l’air. Il est une protection et il protège la personne qui le porte d’une agression. Cette agression, si c’est par la bouche et les narine qu’elle entre, ce peut être de l’air. En tout cas, cette conviction part d’un raisonnement simple. Ne pas voir ce masque sur le visage de quelqu’un n’entraîne pas d’image qui sort de l’ordinaire. On ne s’imagine spontanément pas qu’il y a un problème avec l’air que nous respirons.

Nous réalisons donc, par cet objet, une association d’idée. Car nous ne voyons pas plus qu’avant la pollution de l’air quand nous voyons quelqu’un respirer à travers un masque. Il y a bien entendu d’autres façons de rendre visible l’invisible.

Les plateformes régionales de mesure de la qualité de l'air fournissent des cartes colorées en fonction des niveaux de pollution - Ici, un zoom sur les Bouches du Rhônes

Matérialiser le volume de l’air

Sur une idée du WWF-Chine, nous avions au WWF-France fait fabriquer un ballon de 4 mètres de haut, 8 mètres de long et 2 mètres de large, cousu de telles sorte qu’il prenne la forme d’un nuage noir (comme dans les bandes dessinées) une fois gonflé. Gonflé à quoi ? Aux gaz d’échappement. Nous avions ainsi la possibilité de visualiser dans un volume d’environ 65 mètres cube la quantité de gaz qui s’échappe d’une voiture lambda et le temps que ça prendrait.

Une campagne australienne de sensibilisation aux économies d’énergies avait utilisé ce concept de volume en faisant s’échapper d’appareils ménager des ballons noirs de de 50 grammes de CO2.

La visualisation de données (data visualization)

Extrait du site Europe's Energy

En périphérie de ce sujet, nous abordons également la visualisation de données. A sa manière, elle rend également visibles des données « invisibles », du moins difficilement représentable à première vue.

La visualisation de données est l’étude des représentations visuelles de données. Parce qu’elle permet de mieux se représenter des données, des chiffres, des relations, des rapports de grandeur ou des mouvements d’une manière plus nette, plus compréhensible et en une seule visualisation. La data visualization compile, de façon esthétique (parfois) une masse d’informations qui nous perd tant il y a de données et d’interactions. Elle permet d’expliquer des problématiques parfois complexes (mais pas compliquées). Selon Friedman (2008) « l’objectif principal de la visualisation des données est de communiquer l’information clairement et efficacement par des moyens graphiques. » Bref, de communiquer l’information.

Elle offre également des moyens de contre-pouvoir. Owni.fr, un site d’informations indépendant de très bonne qualité nous a proposé récemment un article sur la cartographie comme moyen de contre-pouvoir. En 2007, un journal, le Plan B, avait construit une carte sur les médias en France afin de synthétiser les possessions (Qui possède les médias en France) et monter la forte concentration dans ce domaine.

Nous en avons tous vécu l’expérience au moins une fois à l’école, en géographie, physique, chimie ou économie. Il n’est toutefois pas toujours évident que ce type de représentations graphiques interpellent, puisqu’elles ne sont pas vraiment mises en situation. Par exemple, la proportion d’électricité provenant d’énergies renouvelables en Europe nous offre une manière moins ennuyeuse de constater que nous nous disputons le bas du tableau, sans trop de gloire. Mais cela ne m’émeut pas, du moins pas autant que de voir des ballons noirs de CO2 sortir du téléviseur en veille (voir plus haut).

Il existe une belle variété de possibilités de présentation de ces données (statistiques, fréquences, mouvements, relations, etc.), statiques et dynamiques. Des cartes, des arbres, des photos et des schémas. Plus ou moins sophistiqués. Plus ou moins esthétique. Enfin, il existe des logiciels pour les mettre en forme, privés ou libres. Mais on n’est pas obligé d’en utiliser. Quelques exemples : en musique, la Symphonie n°5 de Beethoven, une carte sur la base d’artistes de musiques connexes à votre recherche, des cartes de blogosphères, le trafic internet mondial en temps réel, la diffusion d’une citation scientifique dans la presse professionnelle scientifique, une visualisation des émissions de CO2, du nombre de morts et de naissances dans le monde, le niveau d’angoisse à propos du nucléaire dans le monde,  Il y a des sites spécialisées, comme Information is Beautiful. Et vous trouverez plein d’exemples ici.

La technologie et l’art de montrer

Extrait du site : In the air

Certaines avancées techniques nous permettent désormais de voir le monde sous des angles inattendus. Par exemple, les caméras qui permettent de filmer à plusieurs milliers d’images par seconde nous offrent de nouvelles perspectives. Un exemple, le Monde Invisible (the invisible world), série anglaise qui nous donne à voir ce que l’on ne peut pas voir par nos yeux.

Le site In the air dont nous vous parlons ci-dessous est un projet développé à Madrid par une équipe de chercheur et d’informaticiens pour montrer en temps réels les niveaux de rejets des polluants classiques de l’air dans certains endroits de la ville : Monoxyde de Carbone (CO), Dioxyde d’Azote (No2), Dioxyde de Souffre (SO2), Particules en suspensions PM 10, Ozone (O3). Les plateformes régionales de mesure de la qualité de l’air fournissent des cartes colorées en fonction des niveaux de pollution.

Trouvé récemment, une petite technologie pour capter les ondes WIFI qui nous entourent et les signaler par un niveau de luminosité. Le tout visualisé par de la photographie avec une exposition longue. A voir ici.

Sur le blog blog.isokron.com : proposer, à partir des données libérées par Data Keolis Rennes et OpenStreetMap, une visualisation des temps de transport à Rennes, au fur et à mesure de la journée. Quelques cafés plus tard, voilà comment les temps de trajets à partir de l’hôtel de ville de Rennes évoluent dans une journée de lundi.

 

un lundi à Rennes from isokron on Vimeo.

 

un lundi à Rennes from isokron on Vimeo.

Tout ça pour dire quoi ?

Extrait du Baromètre IRSN 2010 -La perception des risques et de la sécurité par les Français - Question : “Je vais vous citer un certain nombre de problèmes d’environnement. Quel est celui qui vous semble le plus préoccupant ? ” (2 réponses possibles)

La pollution de l’air est bien un problème de santé publique majeur, qui préoccupe les citoyens. Au sein des préoccupations environnementales, les résultats du baromètre 2007 IRSN (p.25) montrent que la pollution atmosphérique se place au 1er rang des situations à risque parmi 30 situations évoquées dans l’enquête. Cependant, il existe un réel détournement d’intérêt pour ce problème parce que l’impression d’impuissance est forte. Il semble qu’on ne sache pas comment avoir une emprise sur cette pollution, tant à l’intérieur des bâtiments qu’à l’extérieur (rejets industriels et transports).

Pourtant il existe un grand nombre de solutions que chacune des composantes de la société peut en assumer la responsabilité et que nous prendrons le temps de détailler au fur et à mesure sur ce site.

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