Respire interpelle des candidats à la présidentielle sur les scandales sanitaires

Respire interpelle des candidats à la présidentielle sur les scandales sanitaires

Lundi 16 avril, s’est tenu au Sénat à l’initiative de Leila Aïchi, sénatrice de Paris (groupe Europe-Ecologie-Les-Verts), une conférence de presse pour alerter les candidats à la présidentielle sur les scandales sanitaires. Générations Futures, Réseau Environnement Santé, Robin des Toits, Ecologie Sans Frontière et Respire ont pu à cette occasion présenter 25 propositions* aux représentants des candidats à l’investiture et à la presse.

25 propositions

Ces propositions sont issues du constat que « les différentes crises sanitaires de ces dernières années ne sont pas des phénomènes indépendants les uns des autres ou de simples malencontreux concours de circonstances, mais sont la conséquence d’un dysfonctionnement du système de sécurité sanitaire (…) » (propos du communiqué de presse). Les exemples pris, médiator, amiante, antenne relais de téléphonie mobile, pesticide Gaucho, bisphénol A, particules fines sont légions. Ces sandales sont tous illustrés par une typologie, déclinée en sept axes, reprise pour chaque exemple qui atteste de la nécessité criante de refonder la politique de sécuritaire sanitaire et environnementale.

Engager la refonte de la loi

Les ONG espèrent par cette interpellation, engager une réforme et la refonte de la loi du 1er juillet 1998 qui avait créé les fondements d’un système de sécurité sanitaire environnement. Les ONG proposent 4 axes d’actions :

1 – La réorganisation du dispositif des agences de sécurité sanitaire à l’échelle des ministères, des agences nationales et des agences régionales ;
2 – La construction de la Sécurité Sanitaire autour de la vision globale de l’environnement ;
3 – Le développement de la recherche en Santé Environnement
4 – La construction d’un droit protecteur du citoyen basé sur le principe de précaution.

Dans les faits, les ONG demandent par exemple la création d’un Institut de Veille Environnementale (IVE), l’insertion d’un volet Environnement dans tous les plans de pathologies comme le Cancer, l’Obésité, l’Alzheimer, la création d’un Institut National de Recherche en Santé Environnement, l’instauration d’une formation à la santé environnementale des professionnels ou encore la disparition des conflits d’intérêts.

Les 5 ONG interpellent les candidats

Des propositions à l’écoute de… et résumé non technique des réponses

Tous les partis politiques présentant un candidat à l’élection présidentielle ont été invités. Le Front National est le seul parti politique à ne pas avoir été invité : l’invitation a été faite à des partis républicains respectueux des droits de l’Homme. Ainsi, les partis politiques représentés aux Jardins du Luxembourg étaient le MODEM, EE-LV, le PS, l’UMP et le Front de Gauche.

Tour à tour, les représentants des candidats ont eu l’occasion d’exposer leurs retours aux ONG vis-à-vis des propositions faites. Tous s’accordent sur l’importance du sujet, l’ampleur des dégâts et sur la justesse de l’analyse des ONG.

La parole est aux candidats

Ci-dessous le résumé des exposés des cinq représentants de candidats présents. L’ordre de passage a été décidé suite à un tirage au sort, chaque représentant a eu le même temps de parole (règle du CSA oblige).

– Pour M. Yves Pozzo Di Borgo, sénateur de Paris et représentant de François Bayrou, le système de santé et d’environnement est victime d’un « défaut de prévention, d’un manque de transparence et d’un manque de réactivité ». Il propose d’instaurer une démocratie sanitaire, d’enrayer les conflits d’intérêts et de fonder un droit européen sur le sujet. Le manque de réactivité et d’action s’expliquerait selon lui en partie par la grande difficulté d’interpeller des experts indépendants, apparemment trop rares.

– « Accroissement des maladies chroniques, besoin d’équilibre du système de santé avec le retour du « service public  et le progrès économique et social qu’impulse la sécurité sanitaire », tels sont les problématiques et les enjeux qui font échos au représentant PS de François Hollande, M. Giraud Guibert. Il souhaite la mise en œuvre d’une veille environnementale augmenté d’un dialogue environnemental. Il plaide pour un effort sur la recherche en Santé-Environnement. Pour le PS, la mise en application de ces engagements repose sur la détermination d’un « Agenda Environnemental » qui garantisse un dialogue partagé et des échéances précises.

– Pour Mme Aline Archambaud, représentante d’Eva Joly, les actions doivent être portées sur la fin des « prises de décisions sous influence », et sur le basculement de la logique de soin aujourd’hui pratiquée à une logique de santé, universelle pour tous. Pour EE-LV, il s’agit d’agir au travers de l’établissement de Plan des maladies des modes de vie qui inclut les maladies chroniques et de développer la recherche par une expertise neutre (entendez par là indépendante). La transparence du système de santé doit faire l’objet d’un engagement national, et l’Etat doit créer un Institut de Veille Environnemental et un Institut de recherche en Santé-Environnement, d’instaurer des Plans tels que Chimie-Saine, Alimentation durable et Maladies des Ondes.

– Pour le Front de Gauche représenté par Mme Catherine Jouanneau, le constat est sans appel, les citoyens sont devenus malgré eux des « experts dramatiques, de plus en plus spécialisés » qui se saisissent des questions de Santé-Environnement qui les touchent. Le Front de Gauche propose que soit accentué le processus de prévention, et instauré des Plans Environnement et des Plans par pathologies. Il se positionne en faveur d’un référendum sur le nucléaire et la relocalisation de l’agriculture, sous la forme biologique. Le Front de gauche souhaite la création d’un Pôle Public du Médicament pour suivre les procédures d’homologation et de mise sur le marché, d’un « grand » service public et de sortir des grands mécanismes de marchés européens les sujets relatifs à la santé et à l’environnement.

Mme. Chantal Jouanno représentante du candidat UMP, Nicolas Sarkozy (à noter qu’elle a souhaité s’exprimer en son nom et non sous celui du candidat de l’UMP) a déploré le manque d’experts en Santé-Environnement, et propose que soit développé des alliances de recherches dédiées à ces thématiques. Elle se positionne comme favorable au Plan par pathologie, et à l’indépendance des expertises et envisage une réflexion sur la création d’un ministère associant agriculture, santé et environnement.

Bilan en demi-teinte

Vous remarquerez qu’ils sont presque tous d’accord. Cela augure-t-il d’un changement ? En tout cas, cette matinée a été l’occasion de parler de sécurité sanitaire et d’environnement, sujet absent de la campagne présidentielle. Pourtant, nous retrouvons tous depuis quelques temps entre autre le Médiator dans les colonnes voire en une des journaux. La société civile s’interroge, et remet en questions les systèmes de sécurité sanitaire, les exemples sont nombreux, et l’inertie politique, même en campagne présidentielle fait monter l’inquiétude. Cette interpellation a su faire rappeler aux esprits politiques présents l’ampleur de l’urgence. Les 25 propositions des ONG ont su leur montrer que des solutions de remédiations sont réelles.

 

* Respire, n’a pas participé à la rédaction des 25 propositions, mais par le biais de sa participation à la conférence de presse nous avons démontré que les pollutions aux particules fines gonfle les rangs des scandales sanitaires ! Stop au scandale et respirez pour agir!

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