Une semaine dans la pollution de l’air : témoignage d’une asthmatique

Une semaine dans la pollution de l’air : témoignage d’une asthmatique

Pour les personnes asthmatiques, une semaine de pic de pollution, c’est une semaine de souffrances (une cage thoracique comprimée ça fait mal et ne pas pouvoir respirer convenablement ça use), une semaine sous médicaments, une semaine à ne pas pouvoir mener une vie normale, travailler, sortir, faire du sport, se déplacer. Témoignage d’une asthmatique parisienne de longue date.

Crédit photo : r. nial bradshaw

Madame Royal a déclaré vendredi 20 mars 2015 dernier qu’il n’y avait pas d’alarme sanitaire, que la pollution ce n’est « rien », cela n’embête personne d’ailleurs. Alors, non seulement c’est faux car les risques sanitaires de la pollution à court terme comme à long terme sont bien connus (bronchites, asthmes, cancers, etc.), mais le fait qu’il n’y ait peut-être pas d’augmentation des hospitalisations, ne suffit pas à dire que la pollution n’affecte pas les gens. Quand on est asthmatique, il faut gérer son asthme pour éviter les crises, ou contenir les crises lorsqu’elles surviennent.

Lundi : je travaille à domicile. Une course dans le quartier m’obligeant à passer à Alésia, mes bronches envoient un signal d’alerte : brûlure, sensation d’écrasement. Vu la semaine qui s’annonce, je commence à prendre du Singulair tous les soirs et du Sérétide tous les matins en traitement préventif de l’asthme.

 

Mardi : à mon habitude, je prends mon vélo[i] pour aller à mon bureau en banlieue : la côte est beaucoup plus pénible à monter, je m’essouffle, ma cage thoracique est opprimée, et pourtant j’ai exprès décalé mes horaires pour ne pas avoir à rouler aux heures de pointes. Obligée d’annuler la sortie du soir afin d’être sûre de ne pas faire de crise d’asthme avant d’aller me coucher.

Je peste contre les automobilistes qui m’enfument et me rendent malade à petit feu depuis que je suis née à Paris : ce n’est tout de même pas si compliqué de se déplacer en banlieue sans voiture, je le fais toutes les semaines[ii] !

 

Mercredi : je travaille encore à domicile, ça tombe bien avec le pic de pollution qui s’annonce (merci Air Parif !). Crise d’asthme rien qu’en passant l’aspirateur chez moi (et pourtant j’habite dans une rue relativement protégée avec un trafic automobile quasi nul[iii]). Un rendez-vous dans le quartier, et je suis asphyxiée : difficultés respiratoires permanentes après cela. Même pas la peine d’imaginer d’aller à ma séance de sport hebdomadaire (j’enrage…).

Consultant le site d’Airparif, je découvre que la pollution actuelle a le doux nom d’épisode printanier[iv], ce qui veut dire qu’on connaît bien ses causes et que les pouvoirs publics n’ont pas assez anticipé la situation, ne veulent pas perturber les transports automobiles et l’activité économique, tant pis pour les personnes sensibles et malades qui elles doivent renoncer à vivre normalement pour protéger leur santé.

 

Jeudi : Je dois me déplacer dans Paris pour le travail, je réfléchis à annuler sachant d’expérience qu’à ce niveau de pollution, tout déplacement me vaut une crise d’asthme. Mais Air Parif prévoyait initialement une baisse de la pollution, Météo France une baisse des températures, et mon débit respiratoire, bien que diminué n’a encore a priori rien d’inquiétant[v]. Peine perdue, malgré toutes mes précautions, crise d’asthme incontrôlable à l’arrivée, premières doses de ventoline. Ma capacité respiratoire a tellement diminué ces derniers jours que je suffoque et ne peux rester dans une salle fermée remplie de monde[vi]. Je dois sortir. Il me faut 30 minutes assise par terre, 30 à 40 bouffées de ventoline et 1 litre d’eau pour retrouver un rythme respiratoire et cardiaque correct. 2 heures de repos, un café et un repas plus tard (une crise d’asthme aiguë ça pompe un max d’énergie), je repars. J’arrive à rentrer chez moi. Sieste, repos… Crises d’asthme sans fin, même allongée au fond de mon lit. Une journée de travail perdue.

À ce stade, je suis très énervée contre les recommandations officielles du Haut Conseil de la Santé Publique que les pouvoirs publics nous ressortent à chaque pic de pollution : les personnes sensibles doivent réduire leurs activités. Ben oui, mais comment on fait quand on doit travailler et qu’on est sensible à la pollution ? Faut-il se mettre systématiquement en arrêt maladie ? Doit-on s’arrêter de vivre alors que les voitures continuent à rouler et les pollueurs de polluer ?

 

Épilogue anticipé : je décide d’arrêter les dégâts à ce stade. Les prévisions d’Air Parif sont plus mauvaises qu’annoncées, la pluie initialement prévue par Météo France pour le week-end est reportée au début de la semaine. Cela promet 3 à 4 jours sans pouvoir sortir de chez moi au risque d’atterrir aux urgences, et encore, je ne suis pas sûre d’arriver à tenir la nuit : vu la qualité de l’air dégradée, impossible pour mes bronches de récupérer de la crise d’asthme de ce matin. Je décide de prendre le large, j’ai la chance d’avoir un travail flexible, une maison familiale loin de Paris où je pourrai enfin respirer normalement et un salaire qui tombe bientôt pour encaisser le prix du billet de train à la dernière minute. Je prends donc sur moi pour protéger ma santé puisque l’État ne fera rien de suffisant pour m’empêcher d’atterrir aux urgences.

 

Alors madame Royal, si votre « préoccupation première c’est la santé publique », faut-il vous rappeler que la santé publique, c’est la prévention ? Cela ne consiste pas à attendre qu’il y ait un pic d’hospitalisations pour agir, mais agir pour éviter que ce pic se produise. Les pics de pollution constituent des risques sanitaires bien connus, pourquoi attendre qu’il y ait une alarme pour agir alors que ces hospitalisations pourraient être évitées ? Et si la santé est dite publique, c’est justement qu’il y a des facteurs environnementaux, sociaux qui affectent les individus appelant une réponse des autorités publiques, et non un bricolage quotidien de gestion des vulnérabilités individuelles où l’on flirte sans cesse avec la crise d’asthme violente et dangereuse puisqu’il est impossible de se soustraire aux risques liés aux polluants.

 

Vous ne voulez pas embêter les « gens » qui ont des voitures, mais vous oubliez qu’une bonne majorité de Franciliens qui se déplacent en transport en commun, à pied et en vélo, et que la pollution les affecte tous et en rend malade un certain nombre d’entre eux dès le seuil d’information. Votre non gestion a un coût pour ceux qui subissent la pollution (journées de travail perdues, mobilité réduite, impossibilité de vivre normalement) et un coût pour l’État (médicaments, hospitalisations, visite chez le médecin) – c’est votre Ministère qui le dit. Vraiment, « on ne va pas embêter les gens pour rien » ? Des tas de « gens » sont gravement « embêtés » par la pollution, et ce n’est pas « rien ». Sortez de votre bureau respirez l’air de Paris avec nous madame Royal !



[i]
      Oui je reste sur mon vélo, car j’y demeure moins exposée. D’expérience, je sais aussi qu’en période de pic de pollution, je fais autant de crise d’asthme dans le bus où le métro où l’exposition à la pollution peut même être plus importante que sur mon vélo dans la mesure où j’utilise principalement des pistes cyclables et des petites routes. Donc, je préfère conserver mon mode de transport préféré, même si je sais qu’à un niveau supplémentaire de pollution, je serai contrainte d’arrêter, ce que je vis comme une injustice majeure, dans la mesure où les voitures elles roulent toujours.

[ii]    Mais je peste tout autant contre le manque d’infrastructure et l’inertie des pouvoirs publics pour promouvoir des transports alternatifs en banlieue.

[iii]    Plus on habite près du trafic, plus on est exposé. Revue n°39, d’Airparif

[iv]    Airparif explique que le pic de pollution est dû au changement d’anticyclone, à la circulation automobile et aux épandages de nitrates. L’arrêté du 26 mars 2014 permet aux autorités de décaler les dates d’épandage, visiblement ce n’est pas venu non plus à l’idée de la ministre, il ne faudrait pas embêter les agriculteurs pour rien

[v]     Mesuré grâce à un « Peak Flow Meter »

[vi]    Ladite salle n’est pas en cause puisque je la pratique toutes les semaines.

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2 Comments on “Une semaine dans la pollution de l’air : témoignage d’une asthmatique

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