Voies sur berge à Paris, fermeture ou pas fermeture ?

Voies sur berge à Paris, fermeture ou pas fermeture ?

Le sujet de la piétonnisation des voies sur berge dans le centre de Paris fait parler de lui. Cette promesse de campagne de l’actuelle Maire de la ville, Anne Hidalgo, subit des critiques argumentées de part et d’autres. Une commission d’enquête publique, sollicitée pour donner un avis (consultatif), a publié un rapport et s’est prononcée défavorablement. Nous avons lu le rapport en entier. Voilà notre retour.

amenagement voies sur berge paris

Contexte

C’était une promesse de campagne de l’actuelle Maire de Paris. Fermer une partie des quais (qui sont une des voies rapides qui permettent de couper à travers Paris) sur plusieurs kilomètres, entre la place de la Bastille et la Tour Eiffel. Elle avance donc sur le sujet. Les premières étapes ont consisté en une enquête publique dans plusieurs arrondissements de Paris et une étude d’impact (900 pages). Face aux critiques, la Maire a engagé auprès du tribunal administratif une commission d’enquête pour évaluer la méthode utilisée pour mettre en place ce projet. Cette commission d’enquête a publié mi-août ses conclusions. Vous pouvez lire l’article du Monde à ce sujet.

Quel est le contenu du rapport d’enquête ?

Tout d’abord, dans ce document, il est fait une rapide présentation du projet et des objectifs affichés de la Mairie de paris. Véritable reconquête de l’espace public sur l’automobile, au bénéfice des habitants proches, de l’activité économique, du tourisme et de la valorisation du patrimoine, de l’environnement et de la santé.

Elle rappelle la méthode utilisée par la Mairie de Paris concernant l’enquête publique, dans 4 arrondissements. Elle interroge des personnalités qualifiées, inclues dans le périmètre de l’enquête publique, des représentants d’activités économiques (Comité des armateurs fluviaux par exemple, du port autonome, de la RATP, service d’architecture de la région Île-de-France, le préfet de région et des élus des communes et département limitrophes.

Ensuite, elle détaille les avis positifs et négatifs recueillis lors de l’enquête publique.

Enfin, elle apporte des critiques quant à la méthode employée, publie à chaque fois la réponse de la Mairie de Paris et commente cette réponse.

Que dit la commission d’enquête ?

Quand on lit le rapport, la tension entre les pros et les contre est palpable. La tonalité de l’écriture laisse parfois perplexe quant à la neutralité que l’on attendrait d’une telle commission.

Sur le point du périmètre de l’enquête publique, franchement, il nous semble que le seul recueil auprès de 4 arrondissements n’est pas suffisants effectivement. Le report de circulation engendré par la fermeture d’une partie des voies sur berge dépasse ces 4 arrondissements. La réponse de la Mairie de Paris nous semble rigide puisqu’elle se retranche derrière le fait qu’elle n’est pas obligée juridiquement d’étendre le périmètre de l’enquête publique à celui de l’étude d’impact. Mais ce point est assez étonnant car il semblerait que le périmètre ait été convenu d’un commun accord entre la mairie et la commission. Alors pourquoi changer d’avis après coup ? Quant à l’information du public, nous pouvons considérer que le dispositif a tout de même été très large.

Sur le report de circulation, chacun se trouvera confronté à des chiffres de fréquentation des quais et sur la quantification du nombre de voitures qui devront emprunter d’autres routes. La commission demande d’une part des chiffres sur le volume de trafic automobile qui sera affecté mais également une qualification des origines / destinations des personnes qui l’utilisent chaque jour. Si la Mairie fourni des chiffres tout à fait plausibles, reposant sur des quantifications réelles du nombre de voitures, par heure et par jour, elle ne semble pas répondre au deuxième point. Qui emprunte ces voies ? D’où viennent les automobilistes et où vont-ils ? Auraient-ils a possibilité de faire autrement ? Sur le premier point, la Mairie nuance les critiques liées à l’augmentation du trafic sur les voies annexes par des chiffres qui semblent « tenir la route ». En gros, l’absorption sur les voies annexes est possible même si elle entraînera une augmentation relative du temps de trajets aux heures de pointes.

Quant aux conséquences sur les déplacements des artisans, la Mairie semble apprécier l’enjeu que cette fermeture impliquerait et travaille à des aménagements spécifiques pour eux.

Sur l’activité économique à proprement parler, il nous semble difficile de tirer des conclusions sachant qu’il faut mettre en balance une baisse de « productivité » horaire relative pour certaines professions (comme les artisans, commerciaux et services de livraisons) et une augmentation des retombées économiques envisagées après les aménagements (commerces locaux, tourisme, etc.).

Quelle qualité de l’air avec la piétonnisation des voies sur berge ?

Sur la qualité de l’air. Si la commission évoque le périmètre trop limité de l’étude d’impact et l’augmentation de la pollution sur les axes de report due à une nouvelle réduction de vitesse, elle ne semble pas apprécier la baisse globale que la suppression de véhicules (estimée à 2-3%) aura sur les émissions de polluants.

Le point de vue de la commission est également parcellaire en utilisant le chiffre de 50% d’augmentation des émissions de polluants dues à la baisse de la vitesse de circulation sur les axes de reports. En effet, la commission estime, avec ce seul chiffre, que les habitants concernés par l’augmentation de trafic seront plus exposés qu’avant à la pollution. D’une part parce qu’il y a aura plus de véhicules en nombre. Mais aussi parce la réduction de la vitesse a en effet un impact sur le niveau d’émission. Passant de 50 km/heure en moyenne sur la voie rapide des berges à 20 km/heure sur les axes de report, l’augmentation n’est pas, de manière aussi simpliste, de 50%. Elle est d’environ 30% pour les véhicules de norme Euro 3 et 4 et de 0% pour les véhicules de norme euro 5 et 6%.

Regardez vous même quelques graphiques de l’étude du Setra – Émissions routières de polluants atmosphérique, Courbes et facteurs d’influence, publiée en 2009.

Emissions PM en fonction vitesse automobile euro Emissions PM en fonction vitesse automobile Emissions NOx en fonction vitesse automobile euro

Conclusion

Nous pensons que la méthode employée par la Mairie de Paris et les réponses qu’elle apporte à la commission d’enquête sont critiquables et que la situation ressemble un peu à un passage en force. Cette situation, teintée de stratégie politicienne, se ressent à la lecture du rapport, dont la teneur pas toujours objective est elle-même également critiquable. En atteste justement, dans notre domaine d’expertise, l’affirmation péremptoire et parcellaire que la pollution de l’air augmentera à cause de la baisse de vitesse engendrée par le report de véhicules sur d’autres voies.

Sauf que, malgré les critiques, nous pensons qu’il est nécessaire de viser cet objectif de réduction de l’usage de la voiture en centre ville. Pourquoi ?

  • Parce que la voiture particulière tend à disparaître des grandes métropoles mondiales. Nous vous invitons à lire cet article intéressant sur le futur de la circulation dans les grandes agglomérations, en des temps où les voitures autonomes seront probablement notre quotidien;
  • Parce que mettre la santé des citoyens au cœur des préoccupations sociétale, par le biais de décisions politiques courageuse est selon nous le pivot d’une vision à long terme d’organisation de la vie en société.
  • Parce que le report sur d’autres voies, même s’il entraînera certainement plus de congestion, engendrera aussi moins de trafic global car plus de dissuasion d’utiliser sa voiture, et une adaptation des comportements;
  • Parce que ces voies sur berge sont une véritable saignée de l’espace de vie urbain. Nous vous invitons à regarder ces photos de la capitale, quand la Paris était un parking à ciel ouvert;

 

 

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