Pollution de l'air

Le nouveau visage des victimes la pollution

Ella Adoo-Kissi-Debrah

Ella Adoo-Kissi-Debrah

Un tribunal britannique vient de reconnaitre la responsabilité de la pollution de l’air dans la mort d’une petite fille de 8 ans, Ella Adoo-Kissi-Debrah. Cette décision crée un précèdent historique et donne un visage aux victimes de la pollution de l’air.

 

Les 7 millions de personnes que la pollution de l’air tue chaque année sont pour la plupart anonymes. Les statistiques font consensus, elles sont portées par les plus grandes institutions, dont l’Organisation mondiale de la santé. Mais elles restent des statistiques. Tout comme la pollution est invisible, les victimes de cette pollution l’étaient aussi.

Mais tout cela a changé, en tout cas symboliquement, le 17 décembre 2020 : un tribunal britannique a reconnu que la pollution avait contribué à la mort de Ella Adoo-Kissi-Debrah. La petite fille souffrait de crises d’asthme et était décédée en 2013 de « insuffisance respiratoire aiguë causée par un asthme sévère ». Mais un chercheur, Stephen Holgate, a montré par la suite que « les séjours aux urgences d’Ella ont un « lien frappant » avec les pics de pollution autour de son domicile. » Et la famille a donc mené une action en justice pour que la vérité soit établie.

Actions en justice

Cette décision fait écho à de nombreuses actions en justice qui avaient connu un résultat moins favorable. Depuis sa création, Respire a mené de nombreuses actions en justice. En 2017, nous avons lancé une campagne invitant les citoyens frappés par la pollution à déposer plainte. S’en était suivi plusieurs dizaines de dépôts de plaintes, recueillies par Maitre François Lafforgue, dans plusieurs régions de France.

Malheureusement, les tribunaux administratifs ont à chaque fois rendu des décisions décevantes pour les familles. La responsabilité de l’État a certes été reconnue – il n’avait pas mis en œuvre de moyens suffisants pour lutter contre les dépassements réguliers des niveaux de pollution, il y avait une « carence fautive ». Mais les juges ont considéré que le lien de causalité entre les dépassements des niveaux de pollution et les troubles constatés par les plaignants n’était pas suffisamment établi : les familles ont été déboutées de leurs demandes.

Décision historique

Le jugement britannique tranche donc avec les décisions françaises. Il crée un précédent, au niveau mondial. Difficile de savoir si cette décision aura un impact sur la justice française, pour les victimes de ce côté de la Manche. On peut l’espérer mais rien n’est certain. Peut-être aussi cela incitera d’autres victimes à porter plainte.

« La décision de la justice britannique est historique, s’enthousiasme la docteure Maria Neira, directrice à l’OMS. Nous allons désormais pouvoir nous appuyer sur ce jugement pour passer à la vitesse supérieure, accentuer la pression sur les gouvernements et épargner des vies comme celle d’Ella qu’on n’a pas pu sauver. »

Quoiqu’il en soit, cette décision donne un visage à toutes les victimes de la pollution de l’air. Elle fait de cette petite fille innocente le symbole d’un combat planétaire. Elle rappelle à toutes et à tous l’importance de notre combat qui tente, malgré toutes les oppositions et toutes les réticences, de sauver des vies.

 

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