Respire, avec le collectif Air-Santé-Climat, réagit aux articles mensongers du Figaro

Nous avons assisté dernièrement dans le journal Le Figaro à la divulgation d’articles mensongers sur les véhicules diesel.
Ainsi, après avoir publié une tribune truffée d’inexactitudes sur le diesel le 12 Novembre dernier, le Figaro récidive le 7 décembre en publiant une tribune titrée « Un véhicule essence émet autant de particules fines que dix vilains diesel ! » Ces tribunes sont écrites aux mépris des données scientifiques sur l’impact toxique des émissions des véhicules diesels sur la santé.
Dire que les véhicules essence sont plus dangereux que les diesels parce qu’ils émettraient dix fois plus de particules est faux pour plusieurs raisons :

Les particules diesels sont plus toxiques que celles de l’essence.

Ce qui fait la toxicité d’une particule dépend de sa composition. Ainsi, les particules diesel sont classées cancérogènes certains par l’OMS depuis 2012 en raison des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) présents à la surface des particules diesel. La composition des particules essence est beaucoup plus variable et dépendra du type d’essence. Un mélange d’éthanol 5% (SP 95) et 10% (E10) permet de réduire drastiquement la composition en HAP des particules essences et donc de diminuer leur toxicité.
Les filtres à particules (FAP) augmentent le nombre de particules ultrafines/nanoparticules
Contrairement à ce qui est annoncé, les FAP ne suppriment pas entièrement l’émission de particules, ils diminuent l’émission des particules plus grosses, mais augmentent celle de nanoparticules qui sont les plus toxiques car elles peuvent atteindre tous nos organes et peuvent même atteindre le fœtus. Ces nanoparticules diesel ont également un impact majeur sur la survenue d’infarctus et d’accident vasculaire cérébral.
De plus, dans le cas des voitures diesel roulant en ville ou effectuant des petits trajets, les FAP s’encrassent et polluent plus.
Les particules de freinage sont communes à tous les type de véhicules (diesel, essence, électrique…) et sont également majoritaires dans l’air du métro, mais elles n’ont pas du tout la même composition ni la même toxicité que les particules de combustion sortant du pot d’échappement. De plus, elles sont de taille plus grande.

Un moteur diesel émet 5 à 10 fois plus de dioxyde d’azote(NO2) qu’un moteur essence

Un moteur diesel émet 5 à 10 fois plus de dioxyde d’azote(NO2) qu’un moteur essence et bien plus encore si l’on en prend en compte les tricheries démasquées par le « dieselgate »et les émissions en conduite réelle.
Encore une fois en ville, les systèmes de dépollution du NO2 tels que la SCR (réduction catalytique sélective en français) fonctionnent mal et émettront de grandes quantités de NO2. Ces systèmes de dépollution ont en effet besoin d’atteindre une température de 190 ° pour être efficients, ce qui est très peu le cas en ville, et ce qui devrait donc conduire les autorités à interdire la circulation en ville des diesels Euro 5 et 6.
Or, en termes de santé, les gaz polluants les plus dangereux sont le dioxyde d’azote (NO2) et les composés organiques volatils et semi volatils.
– Le NO2 est responsable de 75000 décès/an en Europe (5000 à 7000 décès/an en France) et il s’agit là d’une estimation basse. Le NO2 a une toxicité reconnue directe sur le système cardiovasculaire et respiratoire.
– Concernant les composés organiques volatiles, même si l’essence est émettrice de benzène (cancérigène), le diesel émet des HAP plus lourds, et donc plus toxiques. De plus l’ammoniac des systèmes SCR Add Blue, que l’on trouve sur de nombreux diesels récents, ormera- en interagissant avec ces hydrocarbures – des nitro-HAP, extrêmement toxiques.
Il est faux de dire que les diesels émettent moins de gaz à effet de serre que l’essence
– Les moteurs diesels dans leur cycle de vie émettent plus de CO2 que tout autre véhicule (cf rapport de l’ONG Transport et environnement de septembre 2017)
– Les diesels équipés de SCR émettent du protoxyde d’azote (N₂O) 298 fois plus puissant en termes d’effet de serre que le CO2
– Les particules diesel sont fortement carbonées (black carbon) et, en se déposant sur les glaces, elles accentuent fortement le réchauffement climatique
Nous resterons vigilants vis à vis de toute tentative de désinformation. Notre objectif est d’informer et de former pour améliorer la qualité de l’air et lutter contre le réchauffement climatique pour protéger la santé humaine, animale et végétale.

Collectif AIR-SANTE-CLIMAT

Une mission : former et informer
Un combat : contre les lobbys
Le collectif « Air-Santé-Climat » :
Guillaume Muller – Val-de-Marne en Transition
Thomas Bourdrel – Strasbourg Respire
Olivier Blond – Respire
Gilles Dixsaut – Fondation du souffle contre les maladies respiratoires
Isabella Annesi-Maesano – DR1 INSERM
Florence Trebuchon – Médecin allergologue Montpellier
Jean-Baptiste Renard – Directeur de recherche LPC2E-CNRS
Pierre Souvet – ASEF

1.La mucoviscidose c’est quoi ?

 

Ce mot est composé de : MUCUS + VISCOSITÉ = MUCOVISCIDOSE

La mucoviscidose est une maladie qui se manifeste le plus souvent dès la naissance ou les premiers mois de vie. Elle touche principalement la fonction respiratoire et gastro-intestinale.

C’est une maladie génétique qui peut provoquer le décès. Touchant autant les femmes que les hommes, la mucoviscidose est plus fréquente dans les populations de type caucasien, alors qu’elle est très rare dans les populations africaines et asiatiques.

Ses symptômes invalidants et les complications infectieuses et fonctionnelles qui en découlent impactent l’espérance de vie des patients.

  • La cause…

cause

 

La protéine CFTR est une protéine présente dans la membrane des cellules de différents muqueuses : respiratoire, digestive… Elle fonctionne comme un canal qui permet l’échange d’ions chlorures entre l’intérieur et l’extérieur de la cellule.

Dans le cas de la mucoviscidose, lorsque son gène est muté, le canal dysfonctionne.

Par le biais de différentes cascades biologiques, il en résulte notamment une diminution de l’eau excrétée au niveau des muqueuses et, en conséquence, une inflammation et un épaississement du mucus qui les recouvre.

Ce phénomène entraîne l’apparition des symptômes habituels de la mucoviscidose.

La mucoviscidose est liée à des mutations du gène de la protéine CFTR, situé sur le chromosome 7. Les différentes mutations identifiées engendrent des dysfonctionnements dont la sévérité est variable. Ainsi, la mucoviscidose est une maladie dont l’expression est plus ou moins sévère selon la nature des mutations portées par le patient.

 

2.Et en France….

 

En France le nombre de patients atteints de mucoviscidose est estimé à 7 000. Il y a autant d’hommes que de femmes.

Bien que l’espérance de vie des individus touchés ait considérablement augmentée ces 40 dernières années, aucun traitement ne permet aujourd’hui de venir à bout de la maladie.

Néanmoins, l’espérance de vie a très nettement augmenté autour de 35, 40 ans, avec les traitements, les greffes pulmonaires. De nouvelles thérapeutiques ciblant CFTR ou son gène sont porteuses d’espoir.

Chaque année, le Registre Français de la Mucoviscidose recueille des données précises pour évaluer les caractéristiques de la population.

  • La répartition sur le territoire

 

La répartition géographique des patients montre une disparité entre les départements comme le montre la carte ci-dessous issue du Registre français de la mucoviscidose – Bilan des données 2015

Hebergeur d'image

 

Il est bien évident que l’origine de la maladie n’a bien entendu aucun lien avec la pollution de l’air étant donné que la mucoviscidose est une maladie génétique.

Mais les pics de pollution ont un impact direct sur les victimes de ce fléau…

3.L’impact des Particules fines sur l’appareil respiratoire

 

D’après les résultats des études toxicologiques et épidémiologiques,

  • Les particules de plus de 10 µm de diamètre restent au niveau de l’appareil respiratoire supérieur.
  • Les particules dont le diamètre est compris entre 3 µm et 10 µm se répartissent entre la trachée et les bronches.
  • Les particules de taille inférieure à 3 µm atteignent les alvéoles pulmonaires.

 

pm respiratoire

Les alvéoles pulmonaires où se nichent les particules inférieures à 3 µm sont de minces sacs creux qui prolongent les voies respiratoires, où se déroulent les échanges gazeux avec le sang

Le sang qui entre dans le capillaire pulmonaire est le sang veineux systémique qui entre dans les poumons par l’intermédiaire de l’artère pulmonaire. Ainsi l’O2 est diffusé dans le sang et le CO2 est expulsé. Le sang qui retourne au cœur a le même taux de dioxygène que l’air alvéolaire.

Plus il y a de capillaires pulmonaires qui participent à ce processus, plus le total de O2 et de CO2 échangés est grand.

 

4.L’étude sur les effets néfastes de la pollution atmosphérique sur la mucoviscidose

 

Grâce aux données exhaustives du registre national américain de la mucoviscidose donnant la surveillance sur les années 1999-2000, des patients âgés de plus de 6 ans et atteints de mucoviscidose, on a pu constater que chaque élévation de 10 microgramme /m³ d’air de microparticules PM 10 et PM 2,5 était associée à une aggravation des symptômes.

–de 8% pour les PM 10

–de 21 %pour les PM 2,5

Chaque augmentation de 10 microgramme /m3 de PM 2,5 est associée à une baisse du VEMS de 24 ml en moyenne (volume expiratoire maximum par seconde).

Chaque augmentation de l’ozone de 10 part par milliard (ppb) est associée à une augmentation de risque de 10 % de subir au moins 2 exacerbations de la maladie.

De plus des niveaux élevés d’ozone ont été associés avec une augmentation de l’exacerbation chez les enfants souffrant d’asthme.

En conclusion, l’exposition aux PM 10, PM 2.5 et à l’ozone peut augmenter le risque d’exacerbation pulmonaire et augmenter le taux de variation de la fonction pulmonaire dans la population atteinte de mucoviscidose.

Cette étude démontre donc que la pollution atmosphérique impacte réellement les patients souffrants d’une affection respiratoire chronique comme la mucoviscidose.

Sur 11484 personnes qui participaient à l’étude, 213 sont décédées au cours de l’année 2000…

5. L’impact de la pollution de l’air sur les transplantés pulmonaires

 

En effet pour les malades atteints de Mucoviscidose, la greffe constitue le dernier recours pour les patients dont le poumon s’est particulièrement dégradé.
greffe_poumon
La récupération d’une fonction respiratoire normale après la greffe est progressive : pendant de nombreux mois, ces sujets sont vulnérables et à risque de rejet de greffe.

Ainsi, dans le cadre d’une étude regroupant plusieurs équipes hospitalo-universitaires et l’Inserm (Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale), il a été prouvé qu’auprès de 520 patients transplantés, une hausse des polluants, que sont les NO2 et les particules fines, était associée à une baisse de la CVF (volume total que les patients peuvent expirer au cours d’une expiration forcée).

Chaque fois que la concentration en PM10 augmentait de 5µg/m³, la valeur de la CVF, exprimée en pourcentage de la valeur normalement attendue pour une personne du même sexe, du même âge et de la même taille, était abaissée de 2,56%.

Valérie Siroux, qui a coordonné les travaux de cette étude précise : « Les mesures visant à limiter la pollution atmosphérique liée au trafic autoroutier et aux différents modes de chauffage sont nécessaires pour préserver la santé des populations et notamment des populations particulièrement vulnérables : enfants, sujets âgés, personnes asthmatiques… et, comme l’indique cette étude, les sujets ayant bénéficié d’une transplantation pulmonaire« .

 

Article rédigé par Michael, avec la contribution de Marie-Laure

Sources :

http://fr.medipedia.be/mucoviscidose/comprendre/mucoviscidose-atteinte-de-differents-organes

http://www.infra-transports-materiaux.cerema.fr/IMG/pdf/effets_sante_particules_version_imprimable.pdf

http://www.news-medical.net/news/2004/03/29/24/French.aspx

http://virades-chevreuse.fr/la-mucoviscidose/

http://www.ameli-sante.fr/mucoviscidose/quest-ce-que-la-mucoviscidose.html

http://www.inserm.fr/thematiques/genetique-genomique-et-bioinformatique/dossiers-d-information/mucoviscidose

http://www.vaincrelamuco.org/

http://pharmaweb.univ-lille2.fr/cours_en_ligne/uved/PAetSante/co/03-1-1_toxicologie.html#

https://fr.wikipedia.org/wiki/Alvéole_pulmonaire

Le capteur de particules fines pour les nuls

Comment fonctionne le capteur de particules fines, de chez Alphasense que possède Respire, celui que vous voyez régulièrement dans les médias ? Nous autres du commun des mortels, nous avons du mal à saisir comment, à partir d’un échantillon d’air, on obtient une information très précise sur la quantité de particules et leur poids. Incroyable ! Mais ils sont fous ces scientifiques ! Qu’est-ce qui se passe dans cette boite noire ? Je vous propose une petite explication. Je suis Daphné, membre du groupe d’élèves du Lycée Saint-Nicolas venus effectuer un stage chez Respire.

Des poussières toxiques dans la Nièvre : le tourbillon Harsco

Quand on parle de pollution de l’air, on pense d’abord aux voitures. Mais vous savez parce que vous lisez régulièrement Respire que les sources de pollutions sont multiples et que le problème est bien plus complexe. Parmi les sources mentionnées, il y en a une qu’on ne connaît pas bien: les poussières générées par des activités économiques, comme des chantiers de déconstruction, de construction, de transformation. L’exemple suivant est particulièrement grave, autant que la réaction des pouvoirs publics pour traiter le problème.

Les poussières sont des particules fines et elles peuvent être dangereuses

Les particules fines PM 10 et PM2,5 sont en fait des poussières qui, respectivement, mesure moins de 10 micromètres et 2,5 micromètres. Ces poussières peuvent être issues de l’érosion naturelle mais aussi humaine (érosion des plaquettes de freins, du caoutchouc, etc., soulèvement de ces poussières dans l’air). Elles peuvent être des particules de carbones rejetées dans l’atmosphère car elles n’ont pas été brûlées complètement (on appelle ça des combustions incomplètes). Ces particules de carbones sont ainsi des transporteurs de d’autres polluants, notamment chimiques.

Harsco, une société qui soulève des poussières métalliques toxiques dans l’air

La multinationale américaine Harsco recycle des vieux métaux de l’industrie sidérurgique, sur le site de Sauvigny-les-Bois en Bourgogne. Ce type de site est appelé crassier. Le problème, c’est que le ballet des camions transportant la poudre issues du recyclage des métaux, le fait que les tas de matières ne soient pas protégés du vent génèrent des nuages de poussières métalliques, qui se dispersent autour du site.

Les maladies respiratoires autour du site

Seulement, près de ce site, il y a des gens qui y habitent. Ils n’ont rien demandé à personne. Personne ne les écoute d’ailleurs. Les dirigeants d’Harsco aurait bien évidemment renforcés les procédures pour éviter à cette pollution de prendre le vent. « Ils font des surinfections bronchiques récidivantes et de l’asthme. Même le bébé était sous ventoline à 6 mois alors qu’il n’y a aucun antécédent dans la famille», déplore le jeune père de famille, Alexandre Chinard, qui fait partie d’un collectif de riverains de 17 personnes : Stop pollutions Imphy.

Lyon Capitale a eu accès aux derniers relevés de poussières réalisés à l’été 2015 à Imphy. Ceux-ci prouvent que le crassier est chargé de métaux lourds comme le chrome VI, le plomb, le nickel ou le molybdène. La Direction régionale de l’environnement, de l’Aménagement et du logement (DREAL), fidèle à elle-même et à son immobilisme légendaire, avoue que ces poussières sont chargées de métaux lourds mais prend ses précautions quant à leur nocivité autour du site … Nous les invitons à dormir chez M. Chinard et M. Martin pour voir.

Nous vous invitons à lire l’article de Lyon Capitale à ce sujet.

Citizencase, un outils de collecte juridique pour les citoyens

Stop pollutions Imphy/Sauvigny-les-bois et DECAVIPECont décidé de financer par un appel à don collectif un recours contre la société Harsco afin de faire valoir ses droits. Découvrez leur projet de financement participatif juridique sur Citizencase. Si vous vous sentez mal en lisant cette histoire, nous vous invitons à la diffuser autour de vous afin de les soutenir.

La Pologne assignée devant la Cour de justice de l’UE pour infraction aux particules fines

La Commission européenne a décidé d’assigner la Pologne devant la Cour de justice de l’UE. En cause, les niveaux constamment élevés de particules fines.

En Pologne, les valeurs limites journalières pour les particules en suspension (PM10) ont été constamment dépassées dans 35 des 46 zones de qualité de l’air, au moins pendant les cinq dernières années, y compris en 2014. En outre, dans neuf zones, les valeurs limites annuelles ont également été constamment dépasséess. La pollution par les PM10 en Pologne est principalement causée par le chauffage des ménages. Les mesures législatives et administratives prises jusqu’ici pour limiter cette infraction ont été jugées insuffisantes par la Commission.

Les infractions à la qualité de l’air ailleurs en Europe

Pour info, la Commission poursuit actuellement pour infractions aux valeurs réglementaires de particules fines 16 autres États membres européens (Belgique, Bulgarie, République tchèque, Allemagne, Grèce, Espagne, France, Hongrie, Italie, Lettonie, Portugal, Pologne, Roumanie, Suède, Slovaquie, et Slovénie). Un procès a même été porté devant la Cour contre la Bulgarie.

La Commission a également entamé une action en justice sur la base d’un autre polluant, le dioxyde d’azote (NO2), pour lequel la Directive européenne sur la qualité de l’air ambiant (2008/50 / CE) a fixé des normes depuis 2010. L’exposition au NO2 est associée à des maladies cardiovasculaires et respiratoires . La plupart des émissions proviennent de la circulation et des voitures diesel en particulier. Des procédures d’infraction ont déjà été engagées contre le Royaume-Uni, le Portugal, l’Italie, l’Espagne, l’Allemagne et la France. D’autres actions contre d’autres États membres peuvent suivre.

Voir le communiqué de presse de la Commission Européenne

Quel air respire-t-on dans le métro?

Si vous habitez à Paris ou dans une autre grande ville française, il y a de grandes chances que vous passiez beaucoup de temps dans le métro. Les arrêts, la foule, le doux son de la fermeture des portes de la rame, vous connaissez bien n’est-ce pas ? Mais vous êtes-vous déjà demandé – pendant vos longues réflexions méditatives dans une rame bondée à regarder les stations défiler – « Quel air respire-t-on dans le métro ? ». Respire a levé le nez pour y voir de plus près !

La ventilation du métro en image

Aération à l'intérieur d'une rame de métro

Ce n’est pas parce que Respire invite à prendre les transports en commun, que l’association ne se penche pas sur la qualité de l’air en « milieu confiné ».

Avez-vous déjà remarqué les systèmes d’aération dans les rames du métro ? Nous non plus avant hier en fait. Il en existe de tout type. Bouche d’aération circulaire, rail tout le long, diffuseur dans les coins, etc. Celle que nous avons auscultée est une bouche d’aération en long (1ère photo) dont on ne voit qu’une grille, vissée, sale. Il ne semble pas y avoir de filtre juste derrière, mais peut-être y en a-t-il un plus loin dans le mécanisme (à confirmer).

Aeration sale dans le métroQuand on approche sa main, l’air est soufflé. Il semble qu’il provienne de l’aspiration au dessus de la rame (2ème photo). Ces bouches d’aspiration, comme vous pouvez le voir, sont très noires. Ce n’est pas leur couleur naturelle vous vous en doutez. Le ménage ne doit pas être fait si souvent …

Revenons à ces grilles d’aération à l’intérieur de la rame. Nous avons voulu savoir si elles sont propres, ou au moins entretenues un minimum. Nous avons donc simplement passé dessus un mouchoir blanc. Rendre visible l’invisible permet de se rendre un peu plus compte de ce que nous respirons. Quelle ne fût pas notre surprise de le voir noir, très noir, contenant même des petits tas de poussières.

Saleté accumulée dans l'aération du métroNous ne pouvons pas encore vous dire ce que c’est, mais nous allons demander à la RATP. Dans le même temps nous allons envoyer des échantillons à un laboratoire spécialisé pour qu’il nous indique la composition de ce mélange.

 

Composition de l’air du métro

La composition de l’air du métro est une addition des polluants émis à l’extérieur, qui s’engouffrent naturellement dans les enceintes souterraines. Dioxyde d’azote, particules fines, monoxyde de carbone, ozone et autres. L’air du métro est donc à peu près pollué par les mêmes polluants que l’air extérieur, certes en moindre mesure pour le dioxyde d’azote, comme l’indiquent les résultats de l’étude menée par la RATP en collaboration avec l’organisme de surveillance de la qualité de l’air en région parisienne, Airparif, en 2008.

Sauf que pour les particules fines (PM10) la concentration explose aux heures de pointe et dépasse largement les concentrations mesurées à l’extérieur. Cette différence de concentration s’explique par le fait que le métro en lui-même produit des particules fines. En effet, la qualité de l’air du métro est affectée par les particules fines issues de l’usure des pneus mais surtout des frottements du système de freinage, quand celui-ci est mécanique. Ces particules métalliques sont un vrai problème. La RATP à Paris indique sur son site qu’elle prend ce sujet au sérieux en remplaçant peu à peu les rames par des systèmes de freinage électrique.

Pour les particules fines produites à l’extérieur, beaucoup d’études établissent un lien direct entre leur niveau de concentration et leur impact sur la santé (asthme, infarctus, autres maladies respiratoires). Les incidences de ces particules métalliques ultra-fines sur la santé  semblent peu étudiées, comme nous le livre un article du Figaro le 3 mai 2013 dernier.

Surveillance de l’air du métro

La RATP mesure en permanence la qualité de l’air circulant dans le métro.  Le 6 janvier 2014 dernier par exemple (jour choisi au hasard), le seuil de 50µg/m3 a été dépassé 21 heures sur 24. C’est entre 3h et 6h du matin seulement qu’il a été respecté, quand le métro était fermé au public. Pire, certaines heures atteignent une concentration très élevée, jusqu’à 190µg/m3 ce jour là, soit presque 4 fois ce que recommande l’OMS pour la qualité de l’air extérieur.

Selon le journal Le Monde, ces concentrations peuvent même atteindre 500µg/m3 sur les quais de RER – soit 10 fois la limite recommandée par l’OMS !

Alors que l’OMS recommande un seuil maximal de 50µg/m3 en moyenne sur 24 heures, les données de la RATP affichent des concentrations bien supérieures. Mais le problème, c’est que tout ceci est légal, car la règlementation est bien différente pour les seuils de particules fines en milieu confiné et à l’extérieur.

Une règlementation différente pour le même air

Comme nous l’expliquions dans un article sur le métro marseillais, il existe une énorme différence entre les règlementations définissant les seuils de concentration en particules fines en milieu confiné et à l’extérieur.

La réglementation fixe à 5000µg/m3 (si si) la limite de concentration en particules à respirer. C’est-à-dire 100 fois la limite recommandée par l’OMS. Les agents du métro seraient donc des super-héros avec des poumons 100 fois plus performants que les nôtres ? Ils sont les premiers concernés par la pollution de l’air du métro et demandent à en être protégés.

Explosion des maladies du cerveau : quelle prévention et quel impact sur notre système de santé ?

Comme nous vous l’avions annoncé, l’association RESPIRE a animé une conférence organisée par l’Appel de la Jeunesse dans le cadre du cycle de Conférence Greenpride et relative à l’explosion des maladies du cerveau, présentée par les auteurs de l’enquête « menace sur nos neurones » (Marie Grosman et Roger Lenglet, édition  Actes sud).

Voici en résumé, l’essentiel de leur intervention, qui n’a pas vocation à refléter l’intégralité de leur ouvrage et de leur intervention mais bien d’en saisir quelques données et principes généraux. En espérant que cela vous donne l’envie d’en savoir plus via leur livre.

Une pandémie dans le monde occidental

Les auteurs parlent aujourd’hui d’une pandémie pour caractériser l’explosion des maladies neurodégénératives. En effet, le monde scientifique connaît les causes de ces pathologies depuis plusieurs décennies. Le vieillissement de la population couplée à l’amélioration du diagnostique amplifie cet état de fait. Comment ces maladies sont-elles prises en compte par les pouvoirs publics et le monde médical français ?

Prise de conscience

En 1994, le journal Le Monde titre « La maladie d’Alzheimer, nouvelle peur des Françaises « . En effet, la maladie est repérée, intuitivement, par les citoyens (ce que l’on pourrait qualifier de « sensibilité collective »), d’autant plus que certaines célébrités en sont atteintes et communiquent sur leur maladie, relayée dans les médias pendant cette décennie (Rita Hayworth, Ronald Reagan). Cette mise en lumière d’une maladie encore peu connue ne poussera cependant pas le corps médical à s’en soucier véritablement. En effet, les « leaders du milieu médical » présentent encore cette maladie comme le simple revers du privilège d’une société où l’on meurt de plus en plus vieux (p.18). Faute de toxicologues et d’épidémiologistes français pour étudier cette problématique, les chiffres officiels stagnent à 350 000 malades de 1994 à 2002. Sauf qu’en 2003, l’INSERM effectue une première étude qui porte le nombre de personnes atteintes à 750 000.

A ce jour, quelques 800 000 à 1 million de personnes sont atteintes par la maladie d’Alzheimer en France. Ce nombre augmente chaque année de 200 000 cas. En Union européenne, 38% de la population est touchée par une maladie neurodégénérative. La faute au vieillissement de la population et à l’amélioration du diagnostique nous dit-on officiellement. Encore faudrait-il y remédier ! Des plans de santé publique émergent (dont celui sur Alzheimer) mais ne prennent jamais en considération la prévention, pourtant capital pour lutter contre ces maladies.

La prévention aux abonnés absents

Les auteurs nous expliquent que ce dénigrement de la prévention par le monde médical français trouve sa source par exemple au niveau des études de médecine, puisque aucune filière relative à la toxicologie n’existe aujourd’hui. Cette filière permettrait pourtant de former des spécialistes qui travailleraient en amont de ces maladies, sur les causes connues depuis plusieurs décennies, les fameux neurotoxiques. Cette absence globale de considération de la prévention (et donc de son enseignement) trouverait son origine dans le pasteurisme qui influence le cursus de formation des médecins (tout s’explique par le virus et la seule prévention recommandée est le vaccin -alors qu’il ne s’agit que d’une prévention secondaire). Ainsi, l’intervention médicale ne doit se réaliser que sur un patient atteint par un virus, afin d’en traiter les conséquences. De ce fait, l’action de neurotoxiques sur l’homme n’est pas prise en compte par une éventuelle prévention. De plus, l’origine des maladies neurodégénératives est multifactorielle (ingestion, réactions en chaîne, accumulation), à la différence du virus responsable identifié d’une maladie.

Est-on égaux génétiquement face à ces maladies ?

Des études ont pris pour base le Japon où la population compte 3 fois moins de pathologies neurodégénératives qu’en Europe, alors que la population est plus vieille. Ce premier constat ébranle une première cause mise en avant par les autorités sanitaires en France (vieillissement de la population). Cependant, certains y voient la résultante d’un code génétique propre aux japonnais qui leur permettrait d’être moins récepteurs à ces neurotoxiques. Aussi, les chercheurs ont étudié les immigrants japonnais installés aux USA. Quelle surprise de constater que sur une seule génération, le taux de japonnais vivant aux USA atteint de pathologies neurologiques rejoint celui de la population américaine. Ceci prouve que les causes sont dans les modes de vie, dans notre environnement chargé de neurotoxiques plus ou moins puissants.

Neurotoxiques et pollution de l’air

Les neurotoxiques sont plus ou moins néfastes. Néanmoins, certains comme les particules fines (rejet des moteurs à gazole notamment) pénètrent directement par le nez et s’accumulent directement dans le lobe frontal. Il en va de même pour les polluants de l’air qui arrivent dans nos poumons, organe plus perméable que le tube digestif (il convient donc pour se protéger d’avaler plutôt que de respirer…!). Les auteurs, très renseignés par les sources d’études scientifiques nous expliquent ni l’Institut de Veille Sanitaire (InVS), ni l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) n’ont songé à prendre en compte (ce qui ajouterait aux deux millions de décès prématurés dénombrés dans le monde chaque année) les décès liés aux atteintes neurocérébrales des particules. Ainsi l’OMS, consciente que « les particules en suspension ont plus d’effets sur la santé que tout autre polluant », ne relève leur impact qu’en termes d’affections respiratoires, de cardiopathies et de cancers pulmonaires. Pourtant les effets sur le cerveau sont connus depuis les années 1980, en particulier chez les garagistes exposés aux particules émises par les moteurs Diesel. Le lien entre les maladies neurodégénératives et l’exposition aux particules fines de la pollution urbaine a été établi chez le chien, puis chez l’homme (on ne vous ment pas, tout est sourcé).

[…] après avoir remonté le long du nerf olfactif, les Pufs (Particules ultra-fines) traversent sans grande difficulté la barrière hémato-encéphalique et profitent de leur taille microscopique pour s’installer au cœur des cellules du cerveau […]

Afin de mettre tout le monde sur un pied d’égalité, sachez que 25% des médicaments en vente en France contiennent des neurotoxiques, il y en aura donc pour tous.

Action publique

Les pathologies sont connues, les études confirment les liens entre pollution aux neurotoxiques et les maladies identifiées. Pourquoi les pouvoirs publics, face à une telle épidémie, ne réagissent-ils pas ? Un peu par peur des procédures judiciaires qui ne manqueraient pas de voir le jour, comme cela fut le cas pour l’affaire du sang contaminé, ou l’amiante ainsi que des indemnisations à verser. Il est donc plus aisé de tenter de traiter les effets de ces maladies (qui de toute façon sont dues au vieillissement de la population et l’amélioration du diagnostique …!). Ajoutons, comme mentionné plus haut, que la culture française repose sur le tout chimique (4ème pays consommateur de médicaments dans le monde …).

Ainsi, la santé publique en France propose 4 médicaments pour le traitement de la maladie d’Alzheimer par exemple. Après étude indépendante, il s’avère que ces « médicaments » sont non seulement inefficaces mais aussi dangereux pour les patients. Le remboursement des médicaments anti-Anti-Alzheimer a coûté en 2009 plus de 262 millions d’euros selon l’Assurance maladie (l’Union généraliste avance la somme de 400 millions d’euros par an).

L’initiative du ministère de la santé dénommée « train Alzheimer » est révélateur de toute cette mascarade. Les auteurs se sont déplacés à ce rendez-vous itinérant proposé par l’État afin de se renseigner sur l’action officielle des pouvoirs publics français pour lutter contre les maladies neurodégénératives dont Alzheimer. Les  mots d’ordre sont : comprendre, vivre avec et accompagner … Mais jamais prévenir !

Le premier wagon propose une mise en bouche avec accueil du Président de la République en voix off annonçant la lutte engagée au nom de l’État français contre la maladie d’Alzheimer et l’attribution de fonds conséquents pour mener à bien cette mission (dont le « train Alzheimer » fait bien entendu partie). Les wagons suivant sont réservés aux « partenaires ». Vous êtes alors accueillis par de charmantes personnes en blouses blanches qui travaillent pour … Nestlé ou AG2R. En effet, pour lutter contre ces maladies, l’État français ne recule devant rien et vous propose donc d’améliorer votre quotidien de malade en dégustant des produits diététiques spécialement pensés pour vous et vos co-patients. Les wagons suivants sont à l’avenant avec assureurs et autres maisons de retraites pensées pour vous, patient atteint d’Alzheimer. La preuve est donc bien vivante (ou plutôt itinérante) que l’explosion de ces maladies en France profite conséquemment au monde politico-économique, notamment par des partenariats public-privé, et bien sûr aux entreprises du médicament.

Ainsi, une fois achevé la lecture de cet ouvrage, vous ne verrez plus vos troubles de la mémoire de la même manière. Bonne lecture.

Pollution de l’air et particules fines : deux mois et déjà hors la loi

La pollution de l’air, la France, elle connaît. A peine deux mois se sont écoulés et déjà quelques stations de mesures commencent à dépasser les seuils, au delà de la règlementation.

Deux mois, soit 60 jours seulement après le début de l’année 2012, c’est le temps qu’il aura fallu à l’État français pour se mettre hors la loi, sur le dépassement des seuils de particules fines (PM10). Limité à 35 jours pour les PM10, le nombre de dépassement vient d’être atteint fin février et ne cesse de grimper. Sachant qu’environ 40 000 personnes décèdent chaque année prématurément à cause d’un air de mauvaise qualité, l’enjeu de la réduction de la pollution de l’air est sérieux. Les représentants de l’État ont sûrement d’autres priorités.

Pollution de l’air et particules fines : la règlementation

Petit rappel pour les néophytes. Les particules fines sont de très petites poussières émises par le trafic routier, les industries et les particuliers (notamment le chauffage). Plus elles sont petites et plus elles pénètrent en profondeur dans les poumons. Les conséquences sanitaires sont multiples et l’étude APHEKOM de mars 2011 dernier parle de 40 000 décès prématurés chaque année en France. Le problème est donc sérieux.

Il existe une règlementation européenne, la Directive cadre sur l’air (2008/50/CE). Le décret du 21 octobre 2010 relatif à la qualité de l’air transpose cette directive dans le droit français. Elle a pour objet de réduire les émissions de polluants pour améliorer la qualité de l’air et de protéger la santé humaine. Ce décret met en avant le plan de protection de l’atmosphère (PPA) comme outil juridique et de planification pour atteindre les objectifs de seuils fixés. S’en suivent actuellement la mise en place d’expérimentations de Zones d’Action Prioritaire sur l’Air (ZAPA) et du rabaissement des seuils de PM10 pour le déclenchement des procédures d’information et d’alertes.

Pollution de l’air en France : l’exception devient la règle

Les 35 jours de dépassement autorisés par la règlementation européenne viennent d’être dépassés, en Île-de-France à la station Autoroute A1 – Saint-Denis et à la station Boulevard Péripherique Auteuil ainsi qu’à Marseille au niveau d’une station (Rabatau ; voir le site d’Airparif). C’est à dire que les seuils fixés à 50 microgrammes par mètre cube d’air, sur une durée de 8 heures, ont déjà été dépassés plus de 35 jours, soit plus d’une fois tous les deux jours. Pour un suivi de règlementation, on est bien loin du compte. Comme si l’exception devenait la règle.

D’autres stations en France ont déjà enregistré des dépassements de plus 20 jours. Et l’été n’est pas encore arrivé … A titre de comparaison, en 2011, les deux stations d’Île-de-France en question ont relevé des dépassements de 176 jours et 146 jours le long du périphérique. Les habitants proches sont littéralement asphyxiés.

Airparif au sujet de ces dépassements : «Ce début d’année 2012 démontre que la qualité de l’air quotidienne reste insatisfaisante en Ile-de-France pour certains polluants, et notamment les particules. Chaque année, ce sont toujours plusieurs millions de Franciliens qui sont potentiellement exposés à des niveaux de pollution qui ne respectent pas la réglementation, principalement le long du trafic et dans le cœur de l’agglomération parisienne.»

Qui a la charge du suivi et du respect de la règlementation et combien cela va coûter ?

L’État et ses préfectures, tout simplement. Comme la France est hors la loi, la Commission Européenne a déposé une plainte l’année dernière. La sanction de la Cour de Justice ne devrait pas tarder à tomber. Les pénalités financières devraient être calculées sur la base d’une amende forfaitaire (10,9 millions d’euros pour la France, plus un montant journalier multiplié par le nombre de jours de persistance de l’infraction) et d’une astreinte journalière (entre 10 000 et 100 000 euros par jour, calculée par jour de retard, en prenant en compte un coefficient de gravité et de durée, et par un facteur fixe par pays). De quoi rembourser la dette et financer de beaux projets de société…

La nouveauté 2012 dans le dispositif d’information et d’alerte relatif aux particules fines

En France, nous l’avons déjà abordé sur le site Internet de Respire, il existe une fédération ATMO des organismes régionaux de surveillance de la qualité de l’air. Chaque association gère un dispositif de machines qui réalisent des prélèvements d’air, les analyse et les envoie à une centrale (voir la vidéo d’Atmo Nord Pas-de-Calais). Ces données sont ensuite accessibles sur les sites Internet dédiés, avec en plus, une prévision pour le lendemain. L’État, par la voie réglementaire et en fonction des recommandations de l’OMS et d’études scientifiques, a défini des procédures d’informations et d’alertes, en cas de dépassement des valeurs des différents polluants (le but est de protéger les citoyens et de chercher à réduire la pollution). Ce sont les valeurs de la concentration en particules fines à partir desquels sont activées les procédures d’information et d’alerte qui ont été modifiées récemment par un décret.

Rappel sur le fonctionnement de la surveillance de la qualité de l’air en France

L’État assure, avec le concours des collectivités territoriales dans le respect de leur libre administration et des principes de décentralisation, la surveillance de la qualité de l’air et de ses effets sur la santé et sur l’environnement. Un organisme chargé de la coordination technique de la surveillance de la qualité de l’air est désigné par arrêté du ministre chargé de l’environnement. Des normes de qualité de l’air ainsi que des valeurs-guide pour l’air intérieur définies par décret en Conseil d’État sont fixées, après avis de l’Agence nationale chargée de la sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, en conformité avec celles définies par l’Union européenne et, le cas échéant, par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Ces normes sont régulièrement réévaluées pour prendre en compte les résultats des études médicales et épidémiologiques (Article L.221-1 du Code de l’environnement).

Pour plus de détails, vous pouvez lire la page sur le fonctionnement de la qualité de l’air.

Nouveaux seuils en particules fines pour le déclenchement des procédures d’information et d’alerte

A partir du 1er janvier 2012, les seuils réglementaires concernant les particules fines PM10 sont abaissés par le décret 2010-1250 du 21 octobre 2010. Le niveau d’information passe de 80 à 50 microgrammes par mètre cube et le seuil d’alerte passe de 125 à 80 microgrammes par mètre cube. Lorsqu’il y a dépassement de ces seuils, des procédures de recommandation-information ou d’alerte sont déclenchées.

Ces seuils devenant plus sévères, les dépassements seront plus fréquents. Donc il y aura plus de procédures d’information et d’alerte. Nous devrions voir plus fréquemment dans les médias, et c’est effectivement le cas, des articles qui reprennent les recommandations formulées en cas de dépassement de seuils.

Fin d’une incohérence

Nous nous étions étonnés déjà l’année dernière auprès d’AirParif, lors d’une présentation à la Mairie du 20ème, que le seuil d’information, à l’époque établi à 80 microgrammes par mètre cube d’air (sur 8 heures) soit supérieur au niveau règlementaire de 50 microgrammes par mètre cube (voir l’article à ce sujet). Autrement dit, nous avons demandé pourquoi les citoyens n’étaient avertis du dépassement de la concentration d’un polluant dans l’air, néfaste pour leur santé, qu’à partir d’un seuil bien plus élevé que le seuil règlementaire de PM. Nous en étions déjà à ce niveau d’incohérence encore jusqu’au mois de janvier 2012. Ce qui nous apporte une preuve supplémentaire du niveau de préoccupation de l’État… pour une question qui génère 40 000 décès prématurés par an.

La qualité de l’air européen passée au crible

Un rapport de l’Agence Européenne de l’Environnement (AEE) publié début novembre confirme que l’état de l’air en Europe ne s’améliore pas : les niveaux de particules fines et d’ozone dans l’air – deux polluants présentant des risques sanitaires – ne diminuent pas.

Le rapport de l’AEE passe en revue et analyse la qualité de l’air dans 38 pays européens. Les données analysées couvrent la période 1990-2009.Le rapport fait un état des lieux de l’air en Europe aujourd’hui et la manière dont la qualité de l’air a évolué depuis 20 ans. L’agence européenne analyse aussi l’atteinte ou non des objectifs fixés par l’Union Européenne et par l’Organisation Mondiale de la Santé. Enfin le rapport liste les impacts des grandes familles de polluants sur la santé, l’environnement et le climat.

L’agence européenne a mesuré que les émissions de dioxyde de souffre et de plombs ont nettement diminué sur la période étudiée. Par contre pour des raisons complexes les niveaux de particules fines et d’ozone dans l’air n’ont pas diminué. L’agence européenne précise que le lien entre l’émission de ces polluants et leur niveau mesuré dans l’air est difficile à établir. Ce pourquoi il est complexe d’agir sur les sources pour garantir des résultats efficaces.

Les particules fines et l’ozone sont deux polluants atmosphériques présentant des risques sanitaires importants. Ceci avait déjà été établi dans l’étude APHEKOM menée par l’INVS. Les particules fines et l’ozone ont des impacts importants sur les écosystèmes et sur la santé humaine. Les particules fines émises en grande partie par les véhicules diesel sont responsables entre autres de nombreux décès (maladies cardio vasculaires) et aggravent les risques d’asthmes pour les personnes habitant à proximité de routes avec un trafic important.

De nombreux pays européens ne respectent pas les seuils limite d’exposition aux particules fines et à l’ozone. Ces seuils préconisés par l’OMS permettent de garantir un air de qualité aux individus. L’étude chiffre à 80-90% le pourcentage de la population urbaine européenne exposé à un air ne respectant les seuils fixé par l’OMS pour les particules fines et à 95% pour l’ozone. Une grande majorité des européens sont exposés à longueur de journée à des niveaux de pollutions importants.

En 2005 l’Union Européenne avait lancé un programme d’action visant à atteindre en 2020 un niveau de qualité de l’air équivalent à l’année 2000. Si cet objectif était atteint il y aurait une diminution de 47% de la réduction de l’espérance de vie due à une exposition importante aux particules fines et une réduction de 10% de la mortalité due à une exposition importante à l’ozone. On voit bien donc l’atteinte des objectifs relève d’un enjeux sanitaire primordial et que l’amélioration de la qualité de l’air (en suivant les objectifs de l’OMS) aurait un impact conséquent sur l’amélioration de la qualité de vie.

Et pourtant …

Le secteur des transports n’engage pas les changements souhaités pour réduire massivement les émission de polluants atmosphériques.

Pour la quasi-totalité des polluants générés par les transports, le niveau des émissions a diminué en 2009 en raison d’une chute de la demande de transport. Cependant, cette baisse est due à la récession économique. Il faut donc maintenant que le système des transports en Europe opère une transition bien plus marquée pour éviter les augmentations d’émissions, y compris en période de forte croissance économique. Professeur Jacqueline McGlade, directrice exécutive de l’AEE.

Selon le dernier rapport annuel sur les émissions dues aux transports publié par l’Agence européenne pour l’environnement (AEE), l’amélioration de l’efficacité énergétique des véhicules a été annihilé par l’augmentation de la demande de transport et par l’augmentation du parc de véhicules.

La dangerosité de la pollution atmosphérique est connue et avérée, l’amélioration de la qualité de l’air est possible : et pourtant le prix du diesel est toujours incitatif par rapport à l’essence, on continue à vendre des voitures et à se reposer sur le modèle de développement « tout voiture », d’autres solutions de transports ne sont pas généralisées et l’amélioration technologique se fait à la marge.

 

Rapport Qualité de l’Air – Agence Européenne de l’Environnement

La France poursuivie pour pollution de l’air

La France  poursuivie devant la Cour de Justice Européenne

La France est poursuivie devant la Cour de Justice Européenne pour manquement aux règles en matière de la qualité de l’air. C’est la Commission Européenne qui poursuit la France pour non respect des valeurs limites de qualité de l’air pour les particules fines PM10. Les deux valeurs limites, mesurées en concentrations journalières et annuelles, sont entrées en vigueur dès 2005. Les valeurs à ne pas dépasser sont fixées suivant des recommandations de l’OMS. Rappelons que les particules fines PM10 présentent des risques sanitaires grave : l’étude Aphekom publiée en début d’année a établi une nouvelle fois un lien direct entre l’augmentation des maladies cardiovasculaires et des cancers du poumon et l’augmentation des émissions de particules fines.

Procédure juridique européenne

Cette action en justice fait suite à une longue procédure qui a été engagée dès le début de l’année 2009. En effet, la Commission Européenne avait lancée des procédures d’infraction à l’encontre de certains États-membres pour dépassement des valeurs limites prescrites pour les PM10 : la France était concernée par cette procédure d’infraction. Suite à la réponse de la France, la Commission a jugée celle-ci insuffisante et lui a donc adressé un « avis motivé ». En octobre 2010, la Commission Européenne adresse cet avis à la France pour non respect des normes de la qualité de l’air prévue par la directive 2008/50/CE. L’étape des procédures juridiques européennes est le dernier cycle avant que l’affaire soit portée devant la Cour de Justice Européenne.

Le prix de la pollution

Aujourd’hui la Commission Européenne a donc annoncé la poursuite de la France devant la Cour de Justice pour n’avoir pas pris de mesure efficace de réduction des émissions de particules fines dans plusieurs agglomérations françaises. La France, pour sa lenteur de transposition d’une directive européenne (ce n’est d’ailleurs pas la seule Directive qui n’est pas transposée ni même respectée) ainsi que pour le dépassement de valeurs limites d’émission de particules fines, s’expose à une amende forfaitaire de plusieurs dizaine de millions d’euros ainsi qu’une astreinte journalière de plusieurs centaines de milliers d’euros.

Vers des niveaux de pollution plus contraignants ?

En réponse à cette poursuite en justice, la France étudierait la révision des seuils d’information et d’alerte pour les particules fines lors des pics de pollutions et augmenterait les outils contraignants à disposition des préfets pour limiter la pollution chronique.

En effet, pour se conformer aux recommandations de l’OMS et pour mettre en application la directive européenne de 2008, la France projette de rabaisser le seuil d’information à 50 µg/m3 et le seuil d’alerte à 80 µg/m3 lors des pics de pollution. Là encore on est en droit de se demander pourquoi le seuil d’alerte n’est pas fixé à 50 µg/m3 car c’est à partir de cette valeur limite que l’OMS considère qu’il existe un risque pour la santé. Pour lutter contre la pollution chronique la France avait déjà mis en application une partie de la directive européenne concernant l’interdiction du dépassement de la valeur limite d’émissions PM10 de plus de 35 jours/an, mais elle ne respectait pas ce plafond.

Nous avons obtenu ces informations auprès d’une association de mesure de la qualité de l’air, ce ne sont encore que des suppositions : dès que nous aurons plus de précisions sur les actions véritablement engagées, nous vous en ferons part.

 

Communiqué de presse France Nature Environnement 19 mai 2011